Dans ma vie ALE (Avant Les Enfants),
j'étais une reporter intrépide qui pouvait partir n'importe où sur une pinotte. Je suis toujours une reporter intrépide qui peut partir n'importe où, mais moins sur une pinotte, mettons.
Enfin.
À cette époque, il m'a été donné de passer un mois en Australie. Un mois où je devais pondre un topo par jour et le livrer live-en-vie à 8hrs heure du 514, ce qui fait que j'avais des horaires de fou afin d'être prête chaque soir pour une diffusion à minuit heure de Sydney.
Mes journées se divisaient en trois parties: terrain, montage, studio. Je ne semblais jamais avoir assez de temps. Je travaillais sans relâche de ma chambre d'hôtel et malheureusement, il m'arrivait d'avoir faim. Ce qui n'était pas sans me retarder.
Juste à côté de l'hôtel se trouvait un minuscule "take out" thaïlandais. Le comptoir donnait directement sur le trottoir. Ça été le coup de foudre. Si je n'ai pas commandé dix curry à cet endroit, je n'en ai pas commandé un. Crevettes, porc, végé, poulet. Chaque jour j'y allais. Je revois encore le plat d'aluminium carré et le riz qui venait dans un bol.
De retour à la maison, pendant des années, cent fois j'ai essayé de reproduire ce curry sans jamais y arriver. Vaincue, j'ai abandonné et préféré chérir mon souvenir. On mangeait encore du curry de temps à autre, mais ce n'était jamais "ça".
Puis cet automne, Vancouver et ce restaurant thaïlandais près de l'hôtel. De nouveau cette compulsion du curry: trois en sept jours.
Cette fois-ci par contre, j'étais investie d'une mission. Je devais reproduire ce curry. Je le prenais personnel, c'était entre lui et moi et ça durait depuis des années.
J'ai fait des recherches.
J'ai comparé. J'ai fouillé.
J'étais d'attaque, j'avais un plan.
Ainsi ne reculant devant aucun défi, jeudi avant midi, je suis partie avec ma fille vers une des plus
incroyable épicerie asiatique du 514: le
Marché Hawaï. Je soupçonnais que si mon curry n'avait jamais fait le poids, c'était à cause de deux ingrédients clés:
le "sweet basil"
et la lime kaffir,
trouvés pour deux fois rien à l'épicerie asiatique.
Déterminée cet après-midi là, je cuisinai sans relâche avec comme seul but la plus haute marche du podium. Je crois que j'ai même impressionné mes fils avec mes histoires, eux qui voyaient à la cuisine tous mes efforts à vouloir maîtriser le curry tel un cowboy montant le taureau.
J'adore raconter à mes naïfs de fils les mythes de ma vie ALE.
Quoiqu'il en soit, la nervosité était palpable à table, mais je savais que j'avais gagné. Y'avait qu'à sentir la lime kaffir. On a tout vidé. Un gros curry comme ça. Avec des tas de riz. Mon chum flottait, moi j'étais à Sydney. Lys s'est resservi, Chinette a mangé du porc, Éloi a léché son assiette et Albi a lancé :"C'est très bon ton dîner maman!".
Ma victoire était totale. Ça m'a pris 10 ans, mais j'ai dompté le curry.
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J'ai pris ma recette ici.