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lundi 7 novembre 2011

Le dauphin et les philosophes

Dans son blogue, Marie-Claude Lortie se demande pourquoi cette nouvelle ne fait pas la une de son journal et de tous les autres d'ailleurs.
“Trois hauts dirigeants de Cooke Aquaculture, plus grand éleveur de saumon du pays, font face à des accusations pénales. Ils sont soupçonnés d’avoir déversé un pesticide illégal dans les eaux du Nouveau-Brunswick pour lutter contre un parasite du saumon.”
À l'automne 2009, des centaines de homards étaient retrouvés morts dans la baie de Fundy, entre le Nouveau-Brunswick et la Nouvelle-Écosse.

Ces morts étranges soulèvent bien des questions. On finit pourtant par remonter la piste. Les pêcheurs de homards obtiennent pour la première fois des preuves de la présence d'un pesticide, la cyperméthrine, dans la baie. On soupçonne que ce pesticide, illégal au Canada, vient des élevages de saumons. Les industriels s'en servent parce qu'ils ont beaucoup de mal à lutter contre le pou de mer, un parasite qui s'attaque au saumon d'élevage.

De plus en plus de voix s'élèvent pour affirmer que l'aquaculture est une plaie et qu'il faudrait mieux réglementer les élevages de saumon. Je joins ma voix à la leur et j'ai pris la décision de ne plus acheter de saumon d'élevage.

***

Chaque dimanche, j'ai la chance de croiser deux philosophes et hier, ils se sont mis à discuter d'éthique animale. Ils m'ont appris par exemple que le dauphin est une personne non-humaine. Eh oui.

Bon, personnellement, j'ai toujours cru qu'il y avait nous, puis les animaux. Mais bon, qu'est-ce que j'en sais au fond, hein?

Selon l'un de mes deux philosophes, dans 500 ans, parce que nous mangeons de la viande, les hommes du futur porteront sur nous le même regard de dégoût que nous portons sur les hommes du 18e siècle qui avaient des esclaves.

On se disait qu'il n'avait peut-être pas tort. Pourtant, aucun d'entre nous n'étions végétariens, ni même n'avions le désir de le devenir. Il nous semblait malgré tout inévitable que, même s'il n'y a jamais eu autan d'être humains à nourrir, l'éthique animale finira par prendre de plus en plus de place.

Par exemple, pour revenir à la nouvelle de Marie-Claude Lortie, notre société ne trouve plus tolérable de tuer toute biodiversité marine simplement pour produire en grand nombre et à faible coût un saumon aux qualités de plus en plus douteuses.

Dans un même ordre d'idée, la façon dont certains porcs ou certains poulets sont élevés devraient nous en détourner pour toujours. Ce genre de choses, on s'en doute, mais on préfère ne pas les voir.

Comme l'esclavage, notre modèle alimentaire actuel repose sur l'élevage industriel des animaux. Bien sûr, de nombreuses personnes mangent une viande la plus éthique possible ou arrivent à s'en passer totalement et ne s'en portent pas plus mal. Reste qu'elles vivent en marge du système agro-alimentaire dominant. C'est un engagement qui prend de l'énergie, du temps et des connaissances.

Cet automne par exemple, on essaie de rendre possible une livraison de poules avec une amie qui en élève, mais avec l'espace, les rénos et la distance, ce n'est pas simple. J'ai aussi fait une commande pour un porc bio, mais je n'ai pas de nouvelles.

Comme je le faisais remarquer à mes amis philosophes, parfois les arguments éthiques résistent mal au fait qu'il est drôlement pratique d'avoir une épicerie au coin de la rue. Acheter du boeuf haché un soir de semaine reste une avenue simple, économique, goûteuse et culturelle de nourrir une famille de six.

Rejeter le modèle alimentaire actuel n'est pas un objectif vers lequel je tends dans l'absolu. Par contre, y être infidèle de plus en plus continue de me séduire.

samedi 11 décembre 2010

La Révolution du goût

Vive la diversité!
Le Point du 9 décembre offre tout un numéro sur la France Gourmande.

Paysans et consommateurs se révoltent contre l'industrie agro-alimentaire et la grande distribution. Un peu partout en France, une nouvelle génération d'agriculteurs ressucite des races anciennes d'animaux et des varités de légumes oubliées. L'objectif de ces pionniers?

Remettre du bonheur, de l'inattendu, des saveurs dans l'assiette.

Une petite révolution, le Slow Food. Un mouvement international qui réunit plus de 100 mille personnes dans 163 pays, les sentinelles du goût.

Il ne s'agit pas de mettre des aliments sous cloche, mais de relancer
des productions pour faire vivre des paysans.


La surabondance des grandes chaînes d'épicerie nous donne l'impression d'une diversité alimentaire jamais atteinte. Illusion. Dans son livre L'alimentation durable, Christian Rémésy révèle les dérives de l'industrialisation alimentaire.

Derrières la dizaine de milliers de références, on retrouve les même
produits industriels, fabriqués avec une dizaine d'ingrédients de base
seulement.


Des milliers de produits différents donc, fait avec les mêmes dix ingrédients de base. En fait, la diversité alimentaire mondiale est aujourd'hui réduite à une douzaine de plantes et à environ 14 animaux.

Alors quand une poignée de paysans sauve une varité de vaches, comme la bretonne pie noire, on ne peut qu'applaudir. 70 producteurs de lait qui ont opté pour cette vache rustique, dont le troupeau compte 1600 têtes.

On n'est ni des passéistes, ni des hurluberlus. Nous montrons qu'une
autre agriculture est viable.

Viable chez nous aussi, dans les campagnes, dans les marchés et sur nos tables. À la veille du temps des fêtes, pourquoi ne pas partir à sa découverte?

Nous en tout cas en fin de semaine, on s'en va chez Desneige chercher notre agneau!

dimanche 3 octobre 2010

Jamie aux States

As-tu eu connaissance de cette téléréalité Annie?

Jamie Oliver's Food Revolution dans laquelle le cuisinier britannique prend d'assaut les cuisines des établissements scolaires de la municipalité de Huntington, West Virginia, aux États-Unis, comme il l'avait fait dans son propre pays.

Comme je n'ai pas le câble, je n'en avais pas eu connaissance jusqu'à ce que ma soeur m'envoie des extraits trouvés sur YouTube comme celui-ci (en anglais).



Troublant.

Il y a bien d'autres extraits ou l'on voit des enfants de maternelle et première année incapable de nommer un tomate, ni un chou-fleur, ni même une patate. Ou encore, alors que Jamie veut servir aux enfants des plats nécessitant des ustensiles, on lui répond que les enfants du primaire doivent se servir seulement de cuillers pour manger et qu'ils n'ont ni fourchettes ni couteaux pour eux. Ou encore lorsqu'on voit toute la bouffe gaspillée, à peine touchée, jeter sans vergogne dans les poubelles.

Vraiment troublant.

Évidemment, cette série a tous les défauts d'une téléréalité, avec ses images chocs, ses mises en scènes, les émotions à fleur de peau filmées sans pudeur, mais ça reste franchement percutant.

Un des problèmes principal auquel est confronté Jamie est la USDA qui émet des règles absurdes pour les repas des enfants. Par exemple, on exige deux portions de "céréales" l'une pouvant être la croûte de la pizza, l'autre un petit pain blanc. On demande également deux portions de légumes pour les repas des adolescents, l'une pouvant être des patates frites et l'autre une salade optionnelle qu'aucun adolescent ne mange. Les cafétéria sont bourrés d'aliments transformés et on comprend que là aussi la USDA est à blâmer puisqu'elle négocie des tarifs préférentiels pour ces aliments.

Bon, là, je suis certaine qu'on va me dire que c'est au US et qu'ici c'est différent, mais je n'en suis pas certaine. L'épicerie a d'ailleurs fait un reportage à cet effet il y a quelque temps. Ça s'est sans compter la bouffe qu'on sert dans les établissements de santé ou celle que mangent nos vieux. C'est triste à mourir quand même. Et d'ailleurs, ça tue le monde. On pense souvent aux States quand on pense aux gros, mais ici, 1 enfant sur 3 serait obèse et 1 adulte sur 2.

Quand même.

J'aime bien l'approche de Jamie Oliver. Pour lui, il n'est pas question de manger du yogourt sans gras ou des légumes steamés sans goût. L'idée est davantage d'écarter les produits transformés pour cuisiner avec du vrai. De la vraie viande, des vrais légumes, de la vraie huile d'olive.

Et puis, sérieux, Annie, si Jamie Oliver débarque dans mon école de quartier, ben, il en faudra pas plus pour que je trouve un trou dans mon horaire pour faire du bénévolat.

Je dis ça d'même.

lundi 26 juillet 2010

Choisir sa viande

Elle ne fait pas très 1950 finalement.
Mais voici la fameuse photo.
Photo: Réjean Poudrette

Une partie de l'article est ici. Pour la version complète, il faut le Protégez-vous qui est en ce moment en kiosque.

La journaliste me disait qu'au final, ce dossier lui avait donné du fil à retordre. Difficile d'avoir un portrait juste de la situation. Elle en conclu que les choix alimentaires des consommateurs (au-delà du simple accès à la nourriture) relèvent en premier lieu de nos valeurs et nos convictions.

C'est vrai. Et c'est un peu dommage quand même que cela repose sur les épaules de tout un chacun. Et si on se permettait de rêver collectivement à un autre type d'organisation de l'agriculture?

Je veux dire, les subvention aux producteurs de porc par exemple, ce n'est pas un choix individuel, ça fait partie d'une vision politique, non? Eh bien pourquoi celle-là plus qu'une autre?

Elle m'a aussi suggéré des lectures. Je partirai avec au moins un de ces titres en vacances alors on aura peut-être bien l'occasion de s'en reparler.

The Omnivore Dilemma de Michael Pollan.
The Compassionate Carnivore, de Catherine Friend
Eating Animals, de Jonathan Foer

jeudi 22 avril 2010

Mon boeuf

Facebook, c'est une drôle de patente quand même.
Je connais Lady R. depuis, oh, longtemps. L'université, genre. Ensuite on s'est croisées et recroisées ici et là. À cause du travail, d'amitiés communes, de la vie quoi.

Lady R. est mon amie FB. L'autre jour, son statut:

Lady R.: Cherche sept personnes sérieuses et carnivores pour partager un boeuf 100% naturel élevé par Alison et Robert, notre super couple d'agriculteurs du projet PIB.

Le projet PIB est une initiative de l'Office national du film du Canada. Il vise à témoigner des effets à long terme de la crise sur la vie des gens d'ici. Ainsi depuis plusieurs mois et pendant un an, 8 réalisateurs et 8 photographes postés un peu partout au pays documentent ce qu'ils appellent "l'indice humain de la crise". Ils oeuvrent dans une quarantaine d'endroits différents. Parmi ces endroits, la ferme d'Alison et de Robert.

Ce n'est pas facile pour les fermiers de mon boeuf. De les voir vendre un taureau 2400$ alors que l'an dernier la même bête partait pour 4100$, c'est déprimant. Pour eux. Pour nous. Pour la terre d'ici.

Est-ce que ça pourrait être autrement? Est-ce que je suis ridicule de croire que les fermes familiales sont une richesse collective?


Quand j'ai lu le statut de Lady R., je n'ai pas eu à réfléchir très longtemps. Les réseaux sociaux à la défense du terroir. En plus, j'ai fini mon porc et mon agneau tire à sa fin.

On devrait recevoir une quarantaine de livres. À temps pour la saison du BBQ parce que mon boeuf va être tué en mai.

Comme a écrit Lady R. sur son facebook: "Que le sang coule!".
À la santé d'Alison et Robert.

J'aime.

lundi 12 avril 2010

Couvrir en bardeaux

On n'a pas réussi cette année.
"Couvrir en bardeaux", c'est une vielle expression qui signifie avoir assez de provisions pour se rendre jusqu'à la prochaine récolte. De nos jours, on couvre pas mal moins en bardeaux qu'à l'époque de la Nouvelle-France par exemple. En fait, je dirais que plus personne ne couvre en bardeaux, sauf peut-être des irréductibles comme Manon.

Mais chez nous,
on essaie de le faire avec le sirop d'érable.
Et on a presque réussi!
Juste deux recettes de sirop de poteau
et une boîte volée à mes parents.
J'ai eu la grande chance d'avoir un oncle qui avait une terre avec une petite érablière. Pendant des années, on a fêté les sucres chez lui, dans sa vieille cabane en bois gris. Pendant des années il a fait du sirop pour toute la famille. Je revois les sacs doublés de Steinberg en papier brun pleins de boîtes de sirop de l'année. Mes parents les rangeaient au sous-sol, en haut de la machine à laver.

Le sirop de mon oncle était foncé. Ça été le premier que j'ai goûté. L'aune à laquelle tous les autres doivent se mesurer.

Il y a quelques années, mon oncle a vendu sa terre et ses érables avec. Chaque printemps j'ai l'impression que c'est un petit bout de ma famille qui est disparu chez le notaire.

Pendant quelques temps, on a erré. On ne savait plus trop où trouver le sirop de l'année. Une année j'ai acheté d'une collègue. Il venait de la Beauce, mais je n'ai pas revue la collègue le printemps d'ensuite. Une autre année, un collègue français me proposait celui de sa terre. Il était si pâle qu'il ne goûtait rien. Sacré Français qui vont venir nous dire comment faire le sirop!

Depuis trois ans toutefois, j'ai trouvé ma niche. Encore un collègue qui s'improvise pusher. Son vieux voisin à la campagne. Il a une terre. Il élève des poules, un cochon, quelques vaches. Et il a des érables. Juste assez pour faire un peu de sirop. Il le vend trois fois rien, comme mon oncle. Et il est foncé, comme mon oncle.

Alors c'est plusieurs galons que j'ai acheté. Pour nous. Pour mes parents. Encore plus que l'an dernier parce qu'on est plus. Et qu'on aime les gaufres et que je fais mon yogourt. Et pour que ça déborde des mes armoires déjà trop petites.

Je veux que mes enfants sachent,
comme je l'ai su avant eux,
que venir de ce pays
veut dire faire le plein de sirop au printemps.

Mais quand même, en pensant à mon oncle et en pensant à ce vieux voisin de mon collègue, lui même plus une jeunesse, je ne peux m'empêcher de me demander
qui demain fera le sirop
pour ces adultes que seront devenus mes enfants?

dimanche 7 mars 2010

Manger québécois

Le faites-vous?
Selon un grand dossier publié dans l'Actualité du 1er avril, les deux tiers de ce que l'on mange viennent d'ailleurs. C'est à déplorer. Surtout que, semble-t-il, les consommateurs se préoccupent de plus en plus de la provenance des aliments qu'ils achètent. Voilà qui est réjouissant.

Réjouissant aussi de voir que de 2004 à 2009, les aliments clairement désignés comme provenant du Québec ont vu leur parts de marché croître de 2,8%, c'est qui est énorme.

Mais la grande illusion, c'est que malgré des campagnes de marketing, l'Actualité constate qu'en six ans, l'offre de produits québécois n'a pas évolué. Pour les petits producteurs, faire sa place dans les épiceries, c'est un véritable parcours du combattant.

D'abord, il faut convaincre kes grandes chaînes d'inscrire son produit sur
la liste officielle des aliments autorisés à y être vendus. Ensuite,
il faut convaincre chaque détaillant de la chaîne d'offrir le produit. Enfin, il
faut veiller à occuper une place avantageuse sur les étagères. Pas trop haut,
pas trop bas, idéalement à la hauteur des yeux. Tout cela coûte de l'argent.
Beaucoup d'argent.


Y-a-t'il moyen de faire autrement? Devons-nous accepter que cette façon de faire soit la seule?

Pour la majorité de nos concitoyens, l'épicerie est un arrêt obligé du parcours alimentaire. L'éviter demande pratiquement de changer son mode de vie. En ce sens, nous sommes plutôt dépendants de ses décisions de gestion. De plus en ville, ça semble plus difficile d'avoir accès aux producteurs locaux.

Pourtant, il doit bien avoir moyen de parfois s'organiser autrement, non?

Je ne souhaite pas retourner à l'époque de ma grand-mère qui recevait des oranges à Noël. J'aime la diversité du monde dans mon assiette, mais je ne comprends pas pourquoi mes patates viendraient des États-Unis. En ce sens, oui il m'arrive de me passer d'un aliment parce qu'il ne vient pas d'ici.

Mangez-vous québécois?

L'épicerie près de chez vous offre-t-elle des produits du Québec?

Quels contacts avons-nous avec les producteurs d'ici?

Comment est-ce qu'on pourrait en faire plus?
L'Actualité publie aussi un intéressant calendrier: quand est-ce qu'on mange québécois?

vendredi 19 février 2010

Reçu dans ma boîte courriel

La ferme du Mont Marcil à St-Didace dans Lanaudière
Bonjour,
nous sommes une jeune famille qui produisons des légumes biologiques (sans certification). Nous offrons un service de livraison hebdomadaire à Montréal de la fin mai à la fin octobre. Certaines conditions s’appliquent.

Pour une réservation, une visite ou de plus amples renseignements contacter :
Jean Sébastien ou Fleure via lachapellejs@yahoo.fr

lundi 14 décembre 2009

Courriels de pusher

La transaction a eu lieu.
>>> Pusher à clients:
Le fromage de chèvre est de retour! Juste à temps pour Nowel...
Laissez-moi savoir par courriel ce que vous commandez et le fromage arrivera début décembre.
Annie, votre dévouée pusher.

>>> Client #7 à pusher
je vais te prendre 2 kilos de fromage, et un petit plat de boules marinées...

>>> Pusher à fromagère
... as-tu reçu la commande?
Juste pour être certaine. Je l'avais envoyé lundi. Fais signe et je te la renvoie sans prob ;)

>>> Fromagère à pusher
baswell, je cours tellement la, !
cherche du lait, transforme le lait, livre le fromage, tsé en fds on a fait genre 100kg de tites bouboules
ca s'enligne que ce pourrait être demain au marché jean talon, laissé chez un de mes client : Les amoureux du terroir, dans la nouvelle section du marché, près de cochon des iles et porc meilleur, ca te dis tu de quoi ?
pour l'heure c'est encore nébuleux, mais en fin de journée ca serait la certain
aimerais tu qu'on t'appèle une fois le stock rendu ?
:)
xx
m
p
>>> Pusher à clients
Bonjour!
Le fromage arrive en ville ce soir. Voici les détails de vos commandes qui vous seront livrées demain matin lors de l'émission.
Merci d'avoir le montant juste. On peut aussi payer par chèque, à mon nom.

>>> Client #4 à pusher
Super! on va se goinfrer en famille!
Marie

samedi 21 novembre 2009

Je suis pusher

Et j'ai du bon stock.

J'ai la grande chance d'avoir Marypascal comme très chère amie.

Marypascal est fromagère. De chèvre. Et son produit créer une dépendance.

Alors depuis quelques années, me voilà pusher de fromage de chèvre. C'est mon sideline. Ainsi, quelques fois par année, j'envoie un courriel à mes proches et collègues qui porte invariablement le titre de: "Un message de votre fromagère". Le cris de joie fusent et les réponses ne tardent jamais. Marie en prend 2 pots, Sylvie en commande pour ses voisines, Louis doit cacher le fromage de ses ados voraces. Et Joël, qui me laisse libre de lui commander ce que je veux à condition que ça soit en petits pots pour qu'il puisse les partager entre la ville et la campagne, entre sa fille et lui.

C'est devenu un réel plaisir. Organiser de temps à autre le transfert de fromages entre Marypascal et ici. Consommateurs satisfaits, clientèle qui ne cesse de s'agrandir. Petit bonheur du trait d'union entre la terre et l'assiette.

Je quitte pour la semaine. Go west young mother! Mes commandes sont entrées, ma comptabilité à peu près correct et la livraison se fera à mon retour. Je laisse donc le blogue entre tes douces mains Madeleine.
... Et en passant, veux-tu du fromage?

dimanche 15 novembre 2009

Brume et agneau

J’aurais voulu prendre des photos.
J’avais pourtant l’appareil. Même pris la peine d’apporter le chargeur pour recharger pendant la route les piles qui étaient à plats. Sauf que. J’avais oublié la carte mémoire, restée dans l’ordinateur à télécharger les autres photos.

Me reste les mots.

Cet après-midi, nous sommes partis tous les six chercher notre agneau. Dans le bout de Saint-Ambroise-de-Kildare. Ensuite, on est monté plus au nord, vers Saint-Félix, pour prendre le reste du porc à la petite boucherie qui l’a fait fumer. Quatre jambons et 2 kg de bacon à rapporter à Montréal et partager avec Louise.

L’agneau, c’est à cause de toi Madeleine.

Il y a quelques semaines, sur mon répondeur, un message : « Bonjour, je m’appelle Desneiges ! Madeleine m’a donné votre numéro. Elle m’a dit que vous seriez intéressés par un demi-agneau. »

Et comment ! Retourne son appel, découvre une voix joyeuse, curieuse de nos enfants dont elle avait entendu l'enfilade de prénoms sur le répondeur, qui prend la commande d’agneau et m’aide à décider de la découpe.

Desneiges et Pierre habitent leur ferme depuis 1985. Citadins qui abandonnent le droit et l’enseignement pour le terroir lanaudois. Aujourd’hui éleveurs de 200 agneaux, ils nous accueillent à la Bergerie des Neiges, une propriété blanche et rose aux creux des vallons.

En arrivant, notre viande attendait dans un bac à notre nom. Pendant que mon chum chargeait la glacière, Pierre nous a fait visiter la ferme aux garçons et moi. Puis Albert, de nous faire nous esclaffer dès son entrée dans la bergerie : « Oh ! Bonjour les chameaux ! » Moments précieux où mes petits citadins faisaient tant bien que mal le lien entre la terre et l’assiette, l’animal et le gigot.

Riches de ces contacts, on est repartis avec toute cette viande et une bourse chargée de recettes données par Desneiges. Les petits faisaient la sieste pendant que la voiture dévalaient les rangs déserts. Il y avait un peu de brume et des doigts de soleil. La terre était sèche, brune, les plants de maïs ocres et l’herbe avec encore juste ce qu’il faut de vert. Les arbres étaient gris, là-bas au pied des buttes, leurs feuilles beiges gisant au sol. Et cette lumière totalement unique à novembre.

Mon appareil photo ne fonctionnait pas, mais j’avais des mots. Qui en valaient mille.

Regardez comme c’est beau les gars.

Regardez comme des fois, il fait bon être de ce pays.

Madeleine, tu n’as peut-être pas d’agneau cet automne,
mais je te dois un souper d'épaule.

lundi 2 novembre 2009

Les courriels de Louise

C'est arrivé vendredi.
Bonjour,
Je sais que vous avez sans doute mille autres préoccupations mais êtes-vous toujours intéressés par un quart de porc, comme l'an dernier ?
Il a été abattu hier et il faudrait aller le chercher samedi
Pouvez-vous me faire signe rapidement?
À bientôt
Louise
Louise est une voisine. Elle a une magnifique maison sur le bord de la rivière. Quand le temps est doux, il nous arrive d'aller chez elle discuter sérieusement en buvant du vin pendant que les gars jouent dans l'herbe avec son petit chien. C'est aussi une intellectuelle parmi les plus brillantes de son domaine qui change le monde comme ça, un porc bio à la fois. J'aime que Louise soit dans la vie de notre famille.
Bonjour,
Voici les détails pour le porc, je serai à la maison lundi matin et je vous passerai un coup de fil pour la livraison ou j'irai vous le porter aussitôt que je l'aurai.
Compte tenu qu'elle fait la livraison je propose qu'on lui donne $500.
Je peux vous mettre un poulet en plus. Ça vous va?
Bonne journée,
Louise
113lbs de cochon élevé par Céline, la fermière écologique de Sainte-Mélanie + le boucher + l'abattage + le débitage = l'impression de mettre un peu de l'essentiel dans notre assiette.

mercredi 16 septembre 2009

Jardins urbains

Lorsque je travaille, j'ai moins de temps.

Mais je suis plus riche. Et parfois, la richesse peut racheter le temps perdu. Par exemple, faire l'épicerie me prend du temps. Surtout que je visite plusieurs endroits pour la faire: boucherie, fruiterie, SAQ, marché public, épicerie... Ça me prend un demi jeudi, où je suis sensée être en congé.

Alors quand j'ai moins de temps et plus d'argent, quand la tête me tourne à l'idée de faire mon marché pendant 1/2 journée de congé, eh bien je le fais en ligne aux Jardins Urbains.

Et c'est un luxe merveilleux!

Les Jardins Urbains sont situés à 20 minutes de Montréal, à St-Sulpice dans la région de Lanaudière. C'est six acres de terrain où l'on retrouve 15 serres et 3 acres de terre cultivable. C'est aussi la première épicerie de produits biologiques et naturels en ligne.

On y trouve des fruits et des légumes, le plus souvent produits à la ferme. De la viande fraîche et non surgelée, d'agneau, de boeuf, de veau, de volaille et de porc. Biologique ou naturelle. De la boulangerie de Première Moisson ou du Fournil Ancestral. Des centaines de produits biologiques courants d'épicerie et même du poisson frais!

Des biens obtenus, ma foi, à fort bon prix! Particulièrement pour les fruits et légumes de saison et la viande, d'une qualité incroyable.

Tout ça, livré à ma porte pendant que moi, je parle dans le poste.

À se demander comment ils y arrivent.

Hier matin, en allaitant ma fille et sirotant mon café, j'ai planifié mes repas, surfé leur site et choisi mes produits. Et ce soir, je suis rentrée à la maison en sachant que mon chum avait jasé avec le livreur dans le pas de la porte, qu'il lui avait peut-être même offert le café. Puis je l'imaginais ranger soigneusement toutes les denrées livrées dans un gros bac appartenant au livreur, pendant que les garçons dansaient autour découvrant ce qu'il s'y cachait.

Une fois dans la cuisine, j'ai ouvert le frigo et j'ai vu le bacon "Porc Meilleur" dans son papier kraft entre mon Vivaneau entier et un kilo de dinde bio. 80$ de viandes, fruits et légumes.

Pour le reste, je complèterai bien avec une visite éclair au supermarché. Autrement, demain je suis en weekend.

Et je n'ai pas besoin de faire l'épicerie!

mardi 21 juillet 2009

Braisé de bison


Ce n'est pas tellement de saison des braisés, c'est vrai. Mais justement, comme il faisait beau et chaud dimanche, nous sommes allés à la campagne. Et comme nous étions à la campagne, nous sommes allés sur une terre: la Terre des bisons.

Josée Toupin et son mari, Alain de Montigny, tous deux originaires de Montréal, ont acquis une ferme abandonnée (avec une magnifique maison jaune) à Rawdon en 1992. Deux ans plus tard, ils ont démarré leur élevage de bisons. S'en sont suivies plusieurs années de dur labeur pendant lesquels les gens du coin doutaient beaucoup des transfuges de la ville, nous a raconté la sympathique propriétaire en nous préparant une dégustation. Pourquoi le bison? lui demande-t-on. Et pourquoi pas! répond-elle. Évidemment, le défi avec une petite production comme celle-là réside entièrement dans la mise en marché. Après quelques années difficiles, Josée Toupin nous dit que les choses se passent assez bien.

On peut acheter de la viande sur place, ainsi que des produits dérivés: de délicieux tartins et de la sauce à spaghetti (servie à l'auberge le Baluchon), mais aussi de la laine, des bibelots, et d'autres objets souvenirs.

C'est ainsi que j'ai acheté un rôti de bison que j'ai cuit le lendemain. Je me suis inspirée de la recette proposée par Josée Toupin sur son site.

Bison braisé


1 rôti de bison d'environ 1 kilo
2 carottes
2 oignons
2-3 branches de céleri
1 tomates
1 t. 1/2 de bouillon de boeuf
1 t. de vin rouge
sel, poivre

Saler et poivrer la viande et la saisir dans une cocotte.
Retirer du feu et ajouter les carottes, oignons et céleris
coupés en morceau de 1 cm environ.
Ajouter le bouillon et le vin rouge.
Couvrir et mettre au four à 275℉. pendant 2 à 3 heures.
Retirer le rôti et les légumes et mettre dans un plat de service.
Réduire la sauce (je l'ai épaissie avec de la fécule de maïs).



J'avais déjà mangé de la saucisse de bison, mais jamais de la viande comme telle. J'ai trouvé ça bon. Il faut s'attendre à une viande très goûteuse et un peu sec puisque le bison est beaucoup plus faible en gras que le boeuf (mais plus riche en fer!). Et les enfants? Ils ont aimé. En tout cas, j'ai pu entendre pour la première fois dans ma cuisine: Encore du bison, s'il te plaît, maman!

En plus d'acheter à la pièce, il est possible d'acheter "à la carcasse". Un quart de bison revient à 4.99$ la livre, une économie substantielle d'environ 300$ sur le prix au détail pour la même quantité de viande. Josée Toupin nous propose une découpe, qu'il est possible d'adapter. Je crois bien que je le ferai cette automne, mais comme un quart de bison compte pour 80 livres de viande, j'aimerais bien me trouver une famille avec qui partager! Ça t'intéresse Annie?

En plus de produire du bison, la petite entreprise fait de l'agrotourisme. Une façon de survivre pour les petits producteurs, si j'ai bien compris. Il est donc possible de faire une visite guidée de la ferme. Le weekend, la visite commence à 15h. Et si vous arrivez en retard (comme nous!), il est toujours possible d'aller voir les bisons sur le bord du chemin.

J'ai été très heureuse de présenter cette animal emblématique des Amériques à mes enfants. J'aime qu'ils soient bien conscients que la bonne viande qu'ils aiment tant manger vient d'un vrai animal. Et puis, finalement, je tire énormément de satisfaction de ce contact direct avec des producteurs. Me semble que ça goûte meilleur dans mon assiette!

Il y aurait à l'heure actuelle, une soixantaine de producteurs de bisons dans tout le Québec. Sur le site de l'Union québécoise des bisons, on trouve une liste de membres, si d'aventure, vous vouliez vous en procurer.