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lundi 12 décembre 2011

La guignolée d'Albert

Chaque décembre depuis qu'il va à l'école, Ulysse voit toujours venir la guignolée avec beaucoup d'émotions. C'est un événement qui le touche profondément et il met énormément de soin à choisir ce qu'il va offrir aux familles dans le besoin.

La guignolée donne toujours lieu à de longues discussions. Cette année plus encore puisque c'était la première guignolée scolaire d'Albert, initié au concept par ses deux grands frères...
- Je me demande, nous dit Ulysse alors que je les reconduisais à l'école, si je vais donner de la nourriture pour bébé ou un sac de couscous...

- C't'année en tout cas, moi je donne du ketchup, lance avec assurance Éloi.

- Éloi! Franchement du ketchup... C'est pas vraiment un produit intéressant, que je lui dis, découragée. Tsé pour la guignolée, pense à quelque chose de plus... comment je pourrais te dire... un petit luxe là, quelque chose que toi tu aimerais recevoir.

- Bin, justement, c'est du luxe! Tu nous dis toujours de pas en mettre trop de ketchup!

- ...

- Moi, dis alors Albert silencieux jusque là, pour la guignolée, je veux donner un chaton.

- Albert COME ON, un chaton, c'est PÉRISSABLE! le rabroue Éloi sans appel.
Finalement, Ulysse a choisi des petits pots pour bébé. J'ai accepté qu'Éloi offre du ketchup, mais le compromis, ça été un ketchup aux fruits, de luxe. Et pour Albert en fin de compte, son choix s'est posé sur un sac plein de petits chocolats suisses de fantaisie. On a ajouté des bouteilles de bon jus à tout ça.

Alors ce matin, ils sont partis tous les trois fièrement avec leurs sacs d'épicerie remplis de ces denrées non-périssables.

Ils étaient déjà à la maison cet après-midi lorsque je suis revenue de faire l'épicerie. J'avais à peine un pied dans le portique que s'élance vers moi un Ulysse passablement troublé...
- Maman!!! C'est parce qu'Albert a mangé sa guignolée!
Hep.

Je m'avance vivement dans la cuisine pour découvrir mon chum qui lui débarbouillait le bec tout chocolaté...
- ALBERT! Mais qu'est-ce que t'as fait là... C'était pour les familles qui en avaient besoin!
Son petit bec s'est mis à trembler et ses yeux noirs sont devenus encore plus grands... Mon irritation est tombée tout d'un coup, mais j'ai dû lui tourner le dos très vite pour ne pas qu'il me voit me mordre les joues pour empêcher une furieuse envie de m'écrouler de rire.

Cou'donc. Heureusement que ce n'était pas un chaton finalement, hein.

lundi 7 novembre 2011

Le dauphin et les philosophes

Dans son blogue, Marie-Claude Lortie se demande pourquoi cette nouvelle ne fait pas la une de son journal et de tous les autres d'ailleurs.
“Trois hauts dirigeants de Cooke Aquaculture, plus grand éleveur de saumon du pays, font face à des accusations pénales. Ils sont soupçonnés d’avoir déversé un pesticide illégal dans les eaux du Nouveau-Brunswick pour lutter contre un parasite du saumon.”
À l'automne 2009, des centaines de homards étaient retrouvés morts dans la baie de Fundy, entre le Nouveau-Brunswick et la Nouvelle-Écosse.

Ces morts étranges soulèvent bien des questions. On finit pourtant par remonter la piste. Les pêcheurs de homards obtiennent pour la première fois des preuves de la présence d'un pesticide, la cyperméthrine, dans la baie. On soupçonne que ce pesticide, illégal au Canada, vient des élevages de saumons. Les industriels s'en servent parce qu'ils ont beaucoup de mal à lutter contre le pou de mer, un parasite qui s'attaque au saumon d'élevage.

De plus en plus de voix s'élèvent pour affirmer que l'aquaculture est une plaie et qu'il faudrait mieux réglementer les élevages de saumon. Je joins ma voix à la leur et j'ai pris la décision de ne plus acheter de saumon d'élevage.

***

Chaque dimanche, j'ai la chance de croiser deux philosophes et hier, ils se sont mis à discuter d'éthique animale. Ils m'ont appris par exemple que le dauphin est une personne non-humaine. Eh oui.

Bon, personnellement, j'ai toujours cru qu'il y avait nous, puis les animaux. Mais bon, qu'est-ce que j'en sais au fond, hein?

Selon l'un de mes deux philosophes, dans 500 ans, parce que nous mangeons de la viande, les hommes du futur porteront sur nous le même regard de dégoût que nous portons sur les hommes du 18e siècle qui avaient des esclaves.

On se disait qu'il n'avait peut-être pas tort. Pourtant, aucun d'entre nous n'étions végétariens, ni même n'avions le désir de le devenir. Il nous semblait malgré tout inévitable que, même s'il n'y a jamais eu autan d'être humains à nourrir, l'éthique animale finira par prendre de plus en plus de place.

Par exemple, pour revenir à la nouvelle de Marie-Claude Lortie, notre société ne trouve plus tolérable de tuer toute biodiversité marine simplement pour produire en grand nombre et à faible coût un saumon aux qualités de plus en plus douteuses.

Dans un même ordre d'idée, la façon dont certains porcs ou certains poulets sont élevés devraient nous en détourner pour toujours. Ce genre de choses, on s'en doute, mais on préfère ne pas les voir.

Comme l'esclavage, notre modèle alimentaire actuel repose sur l'élevage industriel des animaux. Bien sûr, de nombreuses personnes mangent une viande la plus éthique possible ou arrivent à s'en passer totalement et ne s'en portent pas plus mal. Reste qu'elles vivent en marge du système agro-alimentaire dominant. C'est un engagement qui prend de l'énergie, du temps et des connaissances.

Cet automne par exemple, on essaie de rendre possible une livraison de poules avec une amie qui en élève, mais avec l'espace, les rénos et la distance, ce n'est pas simple. J'ai aussi fait une commande pour un porc bio, mais je n'ai pas de nouvelles.

Comme je le faisais remarquer à mes amis philosophes, parfois les arguments éthiques résistent mal au fait qu'il est drôlement pratique d'avoir une épicerie au coin de la rue. Acheter du boeuf haché un soir de semaine reste une avenue simple, économique, goûteuse et culturelle de nourrir une famille de six.

Rejeter le modèle alimentaire actuel n'est pas un objectif vers lequel je tends dans l'absolu. Par contre, y être infidèle de plus en plus continue de me séduire.

lundi 10 octobre 2011

La boîte de Timbits

D. est venu travailler aujourd'hui. Même si c'est férié.
- M'a finir la plomberie, pis j'aurai pas les autres din' jambes! m'avait-il dit vendredi avant de quitter.
Aucun problème que je lui ai dit, sauf que les enfants vont être là, eux. Tellement là que vous allez peut-être bien vous ennuyer de L. pis de toute votre gang...

Il est arrivé vers 8h alors que je préparais mon café. Il est entré timidement dans ce qui était jadis mon salon et qui est aujourd'hui un entrepôt de portes intérieures et un mini coin pour ma cafetière et mon micro-ondes.
- Bonjour Madame! Tenez, ça, c'est pour les enfants.
Ça, c'était une boîte de Timbits.

Mes enfants? Ils étaient au 7e ciel, "c'est le meilleur déjeuner qu'on a jamais eu!"

Une fois la boîte vide, Albi s'est approché de moi en la tenant contre son coeur. Il avait un secret. Il a attiré mon oreille près de lui et m'a chuchoté:
- Maman, je peux garder cette boîte? Comme souvenir de D...
Il essayait de les acheter tu crois?

Tsé la corruption dans le milieu de la construction? Bin c'est ça.

lundi 12 septembre 2011

Jour 29

J'avais de suuuper belles photos du jour 29 à te montrer Madeleine.

Les solives du toit sont arrivées. Pis ils ont strippé la maison sur deux côtés pour tout monter l'étage et le raccorder à la maison. Ils ont travaillé comme des damnés, du bel ouvrage.

Mais tu les verras pas mes photos.
Nope.
À place, tu vas voir elle
Pis elle.
Pis celle-là aussi tiens.

Y'a-tu plu hier soir dans Rosemont?

En tout cas, nous autres à l'heure du souper, on a eu un méchant orage. Éloi a même ouvert la porte d'en avant pour me dire que la pluie tombait "comme ça", en mettant sa main bien à plat dans les airs. On mangeait de la pizza et tout ce que je souhaitais, c'était qu'il ne manque pas d'électricité, comme l'autre soir. Le soir d'Irène.

Après le souper, j'étais relaxe à table à feuilleter des magazines de décoration parce que tantôt, je m'en vais acheter de la céramique. Les enfants quittaient la table pour disparaitre un peu partout dans la maison et j'entends Ulysse qui s'exclame en descendant dans la cave.
- Voyons maman, y'a de l'eau près de la porte!

- Bin oui, c'est ça mon loup. Mets le tapis par-dessus, ça va l'essuyer, pis continue de disparaître que je fasse mes choses importantes.

- Mais mamaaaan, ça cooouuule!
Alors je me lève de table et plus je marche vers l'entrée de la cave, plus j'entends comme des gouttes.

Tsé, comme un bruit de douche qui coulerait sur un tapis gorgé d'eau?

Y'avait de l'eau partout Madeleine. Qui coulait tout le long du haut de la porte jusque par terre, sur le tapis. Et dans les escaliers.

Alors on a couru comme des poules pas de tête dans toute la maison et on a trouvé de l'eau qui coulait le long du mur de l'établi de mon chum et le long du mur du garde robe sous l'escalier.

Oui, oui, en plein là où je garde plein de boîtes de carton de vêtements 0-82 ans pour les enfants.

Et ensuite, ça s'est mis à couler le long de ma fenêtre de cuisine et déborder sur mon comptoir.
- APPELLE L'ENTREPRENEUR! hurle mon chum après que je l'eus hurlé, lui.
Cherche le numéro de l'entrepreneur. Compose...
- Oui?

- Euh, entrepreneur, c'est moi (rire idiot). C'est que, y'a de l'eau qui coule pas mal partout. Dans la maison, genre.

- Beaucoup?

- Bin... un peu comme une chute là.

- [voix très sérieuse] J'arrive.
En attendant, on essayait de palier au plus pressant: la chute au-dessus de la porte. Ça coulait de partout. Alors on épongeait et on changeait les bacs et on épongeait encore.

Finalement l'entrepreneur arrive. Évidemment personne n'était trop calme dans la maison surtout pas Blanche qui faisait le bacon toute nue parce qu'elle voulait prendre son bain. Chic vision, heureusement que je n'ai plus aucun orgueil familial. Faut dire que, un peu à la façon de Jean-Guy Rochette, en vrai professionnel, l'entrepreneur est resté coi sur le sujet. De toute façon, c'est un homme de peu de mots.

Il s'est contenté d'observer les dégâts et de décréter:

- Je vais aller colmater dehors, vous autres, videz l'établi et le garde-robe. Faut tout éponger et mettre des ventilateurs.

Euh... c'est que l'établi là, tsé quand on est déménagé y'a 10 ans? Bin y'a des tas de boîtes qu'on a sacré là. Dans le fond de l'établi je veux dire. Pis qu'on a plus jamais retouché depuis en se disant que ça ferait de chouettes fossiles pour les générations futures d'archéologues.

Pis y fallait vider ça? Là?

Ouin fallait. Faque on l'a fait.
Quatre giga sacs industriels à déchets qu'on a quand même sorti de la maison. Pis je soupçonne que mon chum (puisque c'est lui devra tout remettre en place que j'ai décidé), va en sortir quatre autres quand viendra le temps de tout ranger. En plus, j'ai retrouvé un vieux cadre que je cherchais depuis au moins l'époque où je n'avais que deux enfants, c'est te dire...

Alors là c'est ça, je t'écris du sous-sol, mais je t'entends pas très bien avec les bruits de quatre ventilateurs et d'un déshumidificateur.
L'entrepreneur a cloué des bâches pendant 1h30 partout à l'étage de la nouvelle partie de la maison. L'eau ne coulera plus qu'il a dit.

Je le crois.
- Quand j'ai vu la pluie pis que le téléphone a sonné, je me doutais que...

- Ouan (rire gêné). Merci d'être venu en tout cas.

- Je suis désolé. La pluie... on pensait pas... (rire gêné). Bon bin, à demain.

- Oui, c'est ça à demain. Jour 30.



mardi 30 août 2011

Chubby Bert et l'intégration à la maternelle

- Pis Albert, comment c'était ton premier après-midi à la maternelle?
- Rien.
- Comment ça, rien. Avez-vous joué?
- Oui, mais rien.
- Pis ton prof, comment elle était?
- Bof, oui.
- Mais Albert, comment tu as trouvé ça la maternelle?
- Pffft, on n'a même pas MANGÉ NOTRE COLLATION!

mardi 16 août 2011

Le barbecue est un sport dangereux

Il y a deux ans, notre petit barbecue au charbon de bois, passé de propriétaire à propriétaire depuis plusieurs années, est décédé. Ça nous faisait pas grand chose, à vrai dire, puisque, mon homme et moi, on n'était pas tellement barbecue.

Mais l'année dernière, tout a changé. Parce que l'année dernière, on a décidé de s'en racheter un. Comme on n'aime pas les affaires cheap, on s'est fixé un budget raisonnable: 250$ soit assez pour s'acheter quelque chose qui dure.

Arrivés chez Canadian Tire comme deux naïfs, l'idée ne nous a jamais effleurés que rendu à la mi-juillet c'était déjà la fin de la saison. Sur le plancher de CT plein de beaux fours barbecue... à moitié prix. Pour 50$ de plus que notre budget initial, on a donc pu se payer un beau gros barbecue Cuisinart en stainless avec un rond au gaz sur le côté, des belles grilles en fonte et un thermostat sur le dessus. Du genre qui cuit 22 hamburgers, tout égal, en même temps.

Notre barbecue, y torche. Tu l'allumes et 5 minutes plus tard, il a déjà atteint 500 degrés F. Il est beau. Il brille. On l'aime.

*******

"Tu vas voir!" m'avait promis ma soeur." C'est génial le barbecue. C'est ton homme qui va cuisiner!"

Sauf que pas chez nous. Mon homme, son barbecue, il le nettoie au printemps minutieusement, il l'abrille chaque soir consciencieusement, il le sort du garage en mai et le place au niveau sur des dalles, il va faire remplir les bonbonnes, s'assure après chaque usage que tout est bien fermé, et le range pour l'hiver, mais il ne cuisine pas dessus.

C'est moi le maître barbecue. Pas que j'y tienne particulièrement. C'est juste comme ça.

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L'autre soir, on a reçu Annie et sa gang pour souper. J'avais vraiment hâte de montrer mon beau barbecue à son homme. J'aime ça rendre les autres jaloux, parfois. Sauf qu'il l'a à peine regarder, le mauzus, trop occupé à parler politique avec le mien d'homme. Trop occupé aussi à aller se perdre en ville à la recherche d'une SAQ ouvert à 18h. Alors, encore une fois, mon beau barbecue a dû se contenter de deux femmes pour le titiller. Sérieux! Pour une fois que je pouvais faire ma fraîche!

Dans ma déception, peut-être, j'ai été inattentive et je me suis brûlée sur le couvercle. Ah pas grand chose. À peine deux centimètres sur mon délicat poignet. Mais quand même, bien comme il faut. Ça a fait une grosse cloche qui a éclaté et puis après je suis restée avec une plaie ouverte. Pas besoin d'un diplôme de médecin pour comprendre qu'il s'agissait d'une brûlure au 2e degré.

Mais ça fait pas vraiment si mal que ça une brûlure. Surtout quand on a bu 3 ou 4 verres de vin. Avant de me coucher, j'ai quand même eu la présence d'esprit de mettre du polysporin et un gros pansement.

"Tu vois, ai-je dit à mon homme, agitant mon poignet comme une pièce à conviction, si c'était toi qui cuisinait sur le barbecue, ça serait jamais arrivé!"

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Deux jours plus tard, la brûlure était toujours bien présente. J'avais beau changer mes pansements consciencieusement, fallait bien que je constate que ça s'améliorait pas ben, ben mon affaire: de la rougeur et de la douleur tout autour, ça faisait même mal quand je bougeais la main. "C'est un peu enflé aussi" a ajouté mon Homme alias Dr Pouf après examen de la région.

"Je vais aller à la clinique du coin voir s'ils peuvent me prendre vite-vite." ai-je lancé sans grande conviction. Je suis sortie de chez moi, fait quelques pas, suis reviré de bord pour aller chercher mon portefeuille, et en sortant la deuxième fois je suis tombée sur G., une voisine infirmière.

"Je peux te consulter G.?" ai-je lancé à ma souriante voisine qui a regardé ma blessure, s'est exclamé ouain c'est pas ben beau ça mais c'est rouge juste autour y'a pas l'air d'avoir d'infection polysporin pansement hermétique garder humide et stérile pourquoi tu irais pas montrer ça au pharmacien avant d'aller à la clinique pis comment tu t'es fait ça?

"Sur le barbecue."

"Quoi? Comment ça c'est pas ton Homme qui cuisine sur le barbecue?"

"C'est bien ce que je lui ai dit!"

"Je savais bien que ça finirait pas être de ma faute!" s'est exclamé celui qui avait tout entendu par la fenêtre ouverte.

************

Le pharmacien, Annie. Pourquoi j'y pense jamais? Dans notre système de santé un peu mal foutu, c'est le professionnel le plus facilement accessible. Lui et ma voisine infirmière.

La pharmacienne s'est penché sur le poignet que je lui ai tendu par l'ouverture qui sert pour les consultations. Elle m'a dit la même chose que G. En ajoutant que si ça ne s'améliorait pas, je devrais consulter un médecin le lendemain. Et puis elle a demandé.

"Comment vous vous êtes fait ça?"

"Sur le barbecue."

Elle a rien dit, pas un mot, restée de glace. Mais je pense que j'ai vu dans son regard passé un ben voyons comment ça c'est pas votre homme qui cuisine sur le barbecue, mais sans plus.

Une vraie professionnelle Annie.



mardi 12 juillet 2011

Plus ça change...

"Ce qui est inquiétant, c'est qu'on ne sait jamais quels produits toxiques et inutiles se retrouvent dans ce qu'on mange, à moins bien sûr, de savoir avec précision si ceux qui vous procurent les aliments sont des gens de confiance."
- ménagère interviewée en 1914

mardi 5 juillet 2011

L'abominable déclin du repas familial

Seulement 28% des Américains soupent en famille sept jours sur sept. En Grande-Bretagne, ils sont 38% à le faire. Selon la même enquête (Gallup 2004), 40% des Canadiens affirment souper ensemble de 4 à 6 fois par semaine.

C'est le déclin du repas familial Madeleine. Et c'est grave.
Des études faites dans les universités Columbia et Harvard montrent que la désintégration du souper en famille est un facteur qui contribue au stress familial, à l'obésité infantile et à la consommation de drogue et d'alcool par les adolescents.

C'est grave, oui. Parce que c'est un mythe.

Un mythe que le souper familial soit en déclin. Un mythe aussi que ça soit grave qu'il le soit.

On nous présente une image du repas familial qui est en réalité très romantique et ancrée culturellement dans un système de valeurs bien défini.

À lire certains magazines ou articles de journaux, le repas familial serait un rituel structuré qui n’aurait que des avantages pour la famille et, par extension, pour la société dans son ensemble.

Le fait que les familles mangent ensemble serait un indice de l’harmonie et de l’équilibre familial, où chacun peut s’épanouir. Un portrait idyllique menacé par la modernité et les maux qui l’accompagnent.

Quelles sont les causes identifiées de cette désintégration du repas familial?

L’entrée des femmes sur le marché du travail, diantre! Parfois, c'est quand même dit de façon plus polie: "le fait que les deux conjoints travaillent". Ensuite, ce serait la course folle qu’impose le travail, les activités sociales ou parascolaires des enfants et la distance entre le lieu de travail et la maison.

Autrement dit, le modèle social qui permet au repas familial tel qu'on l'entend de prévaloir, est celui d'une société où les femmes sont à la maison avec leurs enfants.

L'affaire, c'est que l'être humain n'a pas de tout temps mangé en famille. Au contraire même.

La structure du repas familial est née dans l’aristocratie et la bourgeoisie françaises du 18ième siècle. Ensuite, le fait de se conformer au modèle du repas bourgeois symbolisait à la fois la cohésion d’une famille et sa réussite sociale.

Évidemment, au début du 20e siècle, une minorité de gens parvenaient à mettre en pratique ce modèle. Dans les familles ouvrières ou paysannes par exemple, il arrivait souvent que tous ne mangent ni à la même heure, ni les mêmes plats. C'est seulement après la deuxième guerre mondiale, alors que les conditions de vie des familles s'améliorent que le repas idéalisé devint une réalité pour la classe moyenne en croissance.

On n'a jamais autant mangé en famille qu'au début des années 1950.

Tout ça pour dire que le repas familial traditionnel, celui que plusieurs vante, ben il renvoie à une norme arbitraire.

Si l'on tient compte de l'histoire, de la classe sociale à laquelle appartiennent les mangeurs, de leur sexe et leur âge et des multiples modèles de familles qu'a connu l'humanité, le repas familial traditionnel n'est qu'une idée, une représentation quoi.

Cette idée peut être valorisée bien sûr. Elle peut aussi être manipulée et instrumentalisée même. Faut juste être conscient qu'elle ne reste qu'une idée.

Une idée que l'on doit parfois relativiser.

dimanche 29 mai 2011

Le fermier et le chimiste

Depuis la deuxième guerre mondiale, 100 000 molécules chimiques ont envahi notre environnement, principalement notre alimentation. En même temps, le cancer, les maladies neurologiques ou auto-immunes, le diabète et les dysfonctionnements de la reproduction n'ont cessé de progresser.

Quelle est la responsabilité de l'industrie chimique dans cette épidémie de maladies chroniques? C'est la question sur laquelle a enquêté pendant deux ans la journaliste française Marie-Monique Robin, celle-là même qui nous avait donné Le monde selon Monsanto. J'ai eu la chance de la rencontrer et de parler avec elle de son travail.

Son enquête retrace le mode de production, de conditionnement et de consommation des aliments depuis le champ du paysan jusqu'à notre assiette. Elle décortique le système d'évaluation et d'homologation des produits chimiques et démontre qu'il est défaillant et inadapté. C'est le constat qui me renverse le plus: la complicité des organismes publiques sensés protéger les gens.


On pourrait arguer que nous n'avons jamais été aussi abondamment nourris et que l'espérance de vie n'a jamais été aussi élevée. On dira aussi qu'il est impossible d'établir un lien directe entre une molécule à laquelle nous avons été exposée à un moment de notre vie et le cancer que nous développerons à un autre. Bien sûr.

En même temps, le tout-à-l'industrie doit cesser. Il n'est plus pensable de penser que les produits que l'on utilise dans les champ n'ont aucun effet sur notre santé et celle de notre planète. Nos sociétés démocratiques doivent avoir la liberté de mettre en place des agences de réglementation efficaces et libres d'influences.

Les informations que déterrent la journaliste ne sont pas faciles à entendre. Elles sont inquiétantes, décourageantes. Des solutions individuelles sont à notre portée, mais encore faut-il les entendre et, souvent, avoir l'argent ou le temps nécessaire pour les appliquer.

Le réel changement doit passer par une prise de position citoyenne. Dans certains pays d'Europe, ils y arrivent mieux que nous, preuve qu'une autre façon existe bel et bien.

Le documentaire de Marie-Monique Robin sera présenté dimanche 5 juin à Télé Québec. Notre poison quotidien, c'est aussi un livre, publié chez Stanké.

La journaliste a un blogue sur lequel, entre autre, elle répond aux critiques que son documentaire suscite.

dimanche 13 mars 2011

Recette pour Rosemarie

Bouboule/Coco braisé à la bière, aux deux moutardes et aux pruneaux
(Daniel Pinard)

1 gros Bouboule ou Coco
3 gros oignons finement hachés
1 c à soupe de vinaigre de vin rouge
1 jus de citron
2 bouteilles de bière de micro-brasserie
herbes de provence
1 c à soupe de moutarde de Dijon
1 c à soupe de moutarde de Meaux
20 pruneaux bien dodus
1 c à soupe de fécule de maïs

3 tranches épaisses de bacon fumé pour les lardons

Fariner les morceaux de Bouboule et les faire dorer en casserole dans un mélange de beurre et d'huile d'olive;

Réserver les morceaux et faire tomber les oignons. Ajouter une pincée de sucre et laisser blondir les oignons;

Déglacer la poêle avec le vinaigre. Ajouter le jus de citron, la bière et les herbes de Provence. Amener à ébullition puis ajouter les morceaux de Coco;

Faire dorer les lardons et les ajouter à la casserole. Laisser mijoter doucement pendant une heure environ;

Retirer la viande de Bouboule bien tendre et compléter la sauce en ajoutant les moutardes et les pruneaux. Laisser mijoter 3 ou 4 minutes. Ajouter 1 c à soupe de fécule de maïs d'abord délayée dans un peu d'eau fraîche. Réchauffer ensuite amoureusement Coco dans sa sauce.

Servir subtilement en disant que c'est du poulet.

mardi 18 janvier 2011

Le petit garçon et le Ziploc

Avant Noël, comme toujours, j'ai fait des beignes avec ma mère. Des dizaines et des dizaines de beignes que l'on a ensuite séparés équitablement. Placés dans d'innombrables sacs Ziploc, ils ont été congelés amoureusement en prévision des vacances et des grands froids.

Chez nous l'hiver, on adore les beignes de Noël. Surtout Albi.

Ce 3e fils, Albert, est né une semaine avant la date prévue. Moi qui avait pondu d'énormes bébés, je le trouvais si fragile avec son minuscule 9 livres et 2 onces et si petit avec ses 54cm. Pendant les premières semaines de sa vie, on l'appelait d'ailleurs avec tendresse: notre petit prématuré.
Notre petit prématuré en mai 2006, le jour de sa naissance

Je n'ai jamais eu conscience de le nourrir plus que les autres mais reste qu'Albert a très vite montré de belles rondeurs. Alors on s'est mis à l'appeler amoureusement: notre petit dodu.

Depuis qu'Albert mange de la nourriture solide, il grignote. Toujours. Comme Alceste dans le Petit Nicolas, il a constamment de la nourriture dans les mains. C'est comme ça que je retrouve des pelures de clémentines dans les fentes du sofa, des coeurs de pommes dans son lit, des boîtes vides de biscuits plein mes armoires.

Ou bien des sacs Ziplocs dans le sous-sol.

À presque 5 ans, ses petites mains sont toutes rondes et l'on perçoit encore son bedon de bébé. Ce qui fait qu'aujourd'hui, on le surnomme avec affection: Chubby Bert.
Chubby Bert jouant sur la plage de l'Ile Verte, en 2009

Cet automne, Albi a été malade. Une grippe, puis une gastro. Je le trouvais chétif. À la garderie, jour après jour son éducatrice me confiait avec inquiétude: "Au dîner, il n'a demandé que deux portions!" Bon sang. Aussi bien dire qu'il n'avait rien mangé, pauvre petit chou! Il avait maigri, ça se voyait.

J'étais heureuse pendant les Fêtes de constater qu'il profitait bien, sans doute aidé par mon abondante et savoureuse cuisine maison.

Samedi, les gars sont allés patiner. En attendant leur retour, je me suis dit que de les accueillir avec un chocolat chaud et des beignes de Noël, cela maintiendrait mon image de mère aimante.

Prépare le chocolat chaud.
Allume le four pour réchauffer les beignes.
Descends au sous-sol chercher un sac de beignes.

Sauf qu'il n'y avait plus un seul beigne dans le congélo. Juste un sac Ziploc. Vide.

Confuse et horrifiée, je me suis alors souvenue de ce Ziploc trouvé sur le sofa. Puis de cet autre sac aperçu dans la poubelle de la toilette. Et de celui-là dans ma salle de lavage...

Chubby Bert aura été le seul à manger des beignes de Noël cet année. Paraît que pour les petits prématurés, c'est très fortifiant.

dimanche 2 janvier 2011

Jean-Guy Rochette

Un héros obscur.
Le 31 décembre au soir, on se faisait une fondue et je la voulais avec des pommes de terre au four. Ouan, les patates au four, ça fait quelque chose à patienter pour l'appétit des enfants pendant que leurs viandes cuisent.

Alors je les place au four les patates, dresse la table, prépare les sauces, dispose les viandes dans des assiettes et juste avant d'inviter la smala à se mettre à table, je viens pour sortir mes pommes de terre et saint-sicroche que je me dis, j'ai oublié d'allumer le four!

Merde, c'est que je les veux vraiment ces patates. Alors replace les tubercules, reprogramme le four et attends.

Sauf que rien. Parce que bon sang, le four ne marche plus!

Catastrophe.

Mon chum me dit de ne pas m'inquiéter, qu'il va le réparer lorsqu'il aura cuvé son mousseux. Je sais pas pourquoi mais ça m'a encore plus foutu les boules.

Ce matin, il téléphone à son frère, électronicien en avionique. Discussion interminable à quatre pattes devant le four puis abdication. Ça l'air que les avions, c'est moins complexe en circuits électriques que les cuisinières, genre.

Va falloir appeler quelqu'un, soupire mon intellectuel de chum.

Ben oui toi, essaye de trouver un technicien GE dispo un 2 janvier. Putain d'année qui commence mal.

J'étais prête à sauter de mon balcon lorsque mon chum, se servant avec dextérité de mon nouveau iPad, hurle qu'il a trouvé quelqu'un.

Au point où j'en suis, on n'a rien à perdre.

L'homme finit par se pointer avec une camionnette bringuebalante. Il doit bien mesurer trois pieds et il est rond comme une boule de quille. Sérieux, je suis certaine que c'est un gnome. Il entre avec un coffre à outils plus grand qu'Albi qu'il déploie tel une serviette sur du sable doré. Le coffre qu'il déploie, pas Albi, qui s'est plutôt enfui à la vue du farfadet.

Mon chum a des yeux grands comme ça et moi je commence à me dire que ça ferait un chouette billet de blogue mais je dois aller couper le braker au sous-sol.

Le souffle court, Jean-Guy Rochette observe ma cuisinière. Derrières ses lunettes, ses yeux sont piquants et vifs. Ses doigts ronds et agiles dévissent un tas de vis à la fois et met rapidement la machine à nue. Cristie que mon four est sale, la honte. Heureusement, Jean-Guy Rochette est un professionnel et il restera coi à ce sujet.

Les grandes manoeuvrent n'empêcheront pas Blanchette de continuer à jouer avec sa petite ferme. Préserver les enfants des grands drames des adultes, voilà une de mes qualités de parenting.

Finalement, c'est l'élément. Jean-Guy Rochette en a des tas dans sa camionnette, je n'en ai jamais vu autant.

Mais
il n'a pas celui conçu spécialement pour mon modèle de cuisinière.
Sauf
qu'il PEUT patenter quelque chose qu'il nous dit.

Patente mon homme, patente. J'ai des fèves au lard à faire demain moi là.

Tout en s'activant, Jean-Guy Rochette s'en prend aux fabricants de cuisinières qui s'arrangent pour faire de l'obsolescence programmée. Bon, ce ne sont pas tout à fait ses mots, mais c'est bien ce qu'il voulait dire: créer des objets en planifiant d'avance leur date de désuétude. Ma cuisinière n'a pas 3 ans, pourquoi est-ce que l'élément lâcherait comme ça?

L'expression n'est pas nouvelle, elle apparaît aux États-Unis dans les années 1930. Elle prend aujourd'hui différentes formes. Jean-Guy Rochette déplore qu'avant, les fabricants utilisaient des pièces universelles, des pièces qui allaient sur n'importe quel modèle. Aujourd'hui chaque fabricant a ses spécifications ce qui fait que le consommateur devient otage du service du fabricant.

Avoir voulu la pièce exacte, il aurait fallu la commander puis attendre ou alors contacter et attendre un technicien GE. Je sais c'est écoeurant, l'obsolescence programmée est la fondation de la société de consommation.

Jean-Guy Rochette lui, est un artisan. Il connaît son métier et il sais patenter. Et il est dispo un 2 janvier. Ça en prend plus comme lui ou alors ils existent déjà et on ne leur rend pas assez justice

125$, four réparé.

Jean-Guy Rochette, résolument en lice pour la personnalité de l'année 2011.
Mais comme Julian Assange, il est beaucoup trop subversif aux yeux du système dominant pour espérer faire la une du Time.

mardi 5 octobre 2010

Les créatifs

Voici une pub autralienne.
On peut lire que cette publicité vise directement "les parents qui continuent à nourir leurs enfants avec du fast-food tout en sachant les effets néfastes qu'il provoque".

Moi je dis: stop, ça suffit.

Encore une patente pour culpabiliser les mères. Comme si l'industrie agro-alimentaire n'avait rien à voir dans tout ça. Comme si les choix de société faits en notre nom n'étaient pas les principaux responsables de ce qui se trouve dans nos assiettes. Comme si les seules coupables du pourcentage de gras dans le corps des enfants étaient les mauvaises mères qui n'arrivent pas à les nourrir comme du monde.

Je ne sais pas pour toi Madeleine, mais les gros que je connais ne passent pas leur temps à manger du junk.

C'est ça mon champion. On va régler le problème de l'obésité en ne mangeant plus de burgers. Ma foi, c'est aussi con que de croire que les rations de l'UNICEF vont régler la faim dans le monde.

De toute façon, j'en ai marre qu'on me dise ce que mes enfants peuvent ou ne peuvent pas manger. Marre qu'on pointe d'un doigt accusateur leurs morceaux de chocolats et qu'on leur donne des pommes pour l'Halloween.

La révolution du goût, ça ne passe pas par les pseudos politiques alimentaires des écoles, ni par la pub, ni par l'ordre profesionnels des diététistes.

Des fois je te jure, j'aurais envie de leur foutre mon rouleau à pâte quelque part.

¡No pasarán !

vendredi 10 septembre 2010

Sissi - AJOUT

On a un nouveau membre dans la famille.

Un poisson.

Oui Madeleine, tu as bien lu. Un os*** de poisson. En fait, je devrais plutôt dire un Combattant de Siam. Ou un Betta splendens, si tu veux.

Anyway, je te présente Sissi.

Ouan.

C'était la fête d'Ulysse et un petit ami est arrivé avec le poisson. Comme cadeau. Dans un genre de sac de lait tu sais.

Chic!

J'aurais aimé prendre en photo la gueule que j'avais quand j'ai vu le poisson. Pour documenter tout ça sur le blogue, tsé. J'imagine que c'est la joie qui m'envahissait qui m'a troublée l'esprit parce que pendant quelques instants, j'ai plus trop su où j'étais tu vois. Alors c'était un peu difficile pour moi de me tirer le portrait.

Tous (sur différents tons): Un poisson!
Chum (rire convivial): On n'a même pas d'aquarium, ah, ah, ah!
Mère de l'ami (enthousiaste): Oh! C'est vraiment pas compliqué un Betta, vous pouvez même le mettre dans un petit verre en attendant.
Ulysse: C'EST LE PLUS BEAU CADEAU DE TOUTE MA VIE!
Moi à chum (chuchotement dents serrées): Un pois-son? Chéri?
Ulysse: Je vais l'appeler Sissi!
Chum (montrant sa culture): Ouais fils, en l'honneur de la reine d'Autriche, ah, ah, ah!
Moi (espérant): Tu sais Ulysse, peut-être que l'ost..., euh peut-être que Sissi ne s'habituera pas à la maison, il me semble un peu piteux là.

Piteux, yeah right. In your frigging dreams!

Ainsi, depuis une semaine quand je fais la vaisselle (ie: très souvent ces temps-ci), le fringuant Sissi m'accompagne. Parce que vois tu, c'est sur le comptoir de la cuisine que l'aquarium du Combattant de Siam a élu domicile.

Un poisson.

Sissi.

Oublie les poules en ville ou les écureuils au vin blanc veux-tu. Tu crois que quelqu'un aurait une bonne recette de darnes de Betta?

*****
Madeleine ajoute:


Ah ben! Toi aussi un poisson?

Nous aussi. Même qu'on en a deux. Ça fait plus d'un an qu'on les a.

Deux o**** de poissons. Sauf qu'ils ne sont pas dans la cuisine, ils ont élu domicile dans le salon. Un vrai aquarium, avec un filtre et tout.

Au début, tu sais, les enfants étaient super contents. On en avait trois: Noir-noir, le poisson noire, Satipo, le poisson rouge, et Marguerite, le poisson rose. Et puis, évidemment, l'indifférence s'est installée.

Indifférence ou pas, on est toujours bien obligés de laver le p***** d'aquarium. Je dis "on", mais je devrais "lui" parce que c'est mon homme qui s'en charge, de moins en moins assidument d'ailleurs. Même que ça fait bien 3 ou 4 mois que l'aquarium n'a pas été changé.

Euh... la SPCA, elle se préoccupe des poissons négligés tu crois?

Ma relation envers les poissons s'est abruptement métamorphosée (d'indifférence à haine) l'année dernière, à la veille de partir en vacances. Parce que les poissons, tu vois, fallait bien qu'ils mangent pendant notre absence de 2 semaines! Demandez à un voisin? Tu aurais vu sa gueule: "Éric, ça te dérangerait pas de venir nourrir nos poissons deux fois par jour pendant deux semaines?" "On n'a pas le choix, avait dit Victor, il faut annuler les vacances!"

Euh... Nenon mon homme. Moi, je pars. Et les poissons, cristy, qu'ils se débrouillent.

Finalement, il existe des distributeurs automatiques pour bouffe. Alors depuis ce temps, même plus besoin de les nourrir.

C'est vachement agressif des poissons, tu sais. Non contents de leur petite nourriture quotidienne, nos poissons se mangent les uns les autres. En fait, le gros Satipo mangeait le petit Noirnoir. Ouain, vraiment dégueu. Si bien qu'un jour, Noirnoir n'avait plus de queue et ne pouvait plus s'orienter. Il fonçait dans la vitre, luttait pour atteindre sa bouffe. Ça faisait pitié.

"Faut que tu fasses quelque chose" ai-je dit à mon homme.

Puis un matin, plus de Noirnoir.

"Tu l'as flushé?" que je demande au valeureux chevalier.

"Euh, non".

"Alors quoi?"

"Tu veux pas le savoir" qu'il me répond. Puis je me suis rappelé que la veille, alors que j'étais déjà couchée, je l'avais entendu bardasser dans la cuisine qui est attenante à la chambre. "Est-ce que tu sais ou est le bidule qui aiguise les couteaux?" m'avait-il demandé tenant en main notre couteau de boucher.

Alors, c'est ça. Noirnoir a été guillotiné dans notre cuisine, sur une planche à couper.

"Il n'a pas souffert" a dit mon homme aux enfants.

Là, ben, c'est ça. Il en reste deux. Ils sont rendus gros. Ils nagent dans leur eau sale. Le petshop nous a proposé de les reprendre une fois engraissés. Ils les donneront à manger à d'autres poissons plus gros. La belle affaire.

Je suis d'accord avec toi Annie. Oublions les poules et les écureuils, on se lance dans la pisciculture.

vendredi 2 juillet 2010

L'accident

Mon fils s'est blessé.
Rien de grave, mais ça nous a quand même permis de passer quatre heures dans un CLSC.

Nous sommes arrivés à 11h13. Déjà à l'accueil, on nous avertissait: deux heures et demi d'attente. Alors en bonne mère de famille je calcule. Si nous sommes chanceux, nous serons sortis vers 13h, donc on pourra toujours dîner, donc ce n'est pas si mal.

La vie ne se passe jamais comme dans mes calculs.

Bien vite, il était 13h30 et nous étions toujours en salle d'isolement mon fils et moi, couchés dans un petit lit en attendant de voir le médecin.

Et nous avions faim.

Oui, je sais bien que nous n'étions pas au restaurant. Non, je ne souhaitais pas que les infirmières de CLSC se transforment en maître d'hôtel et nous servent le repas 4 étoiles.

Sauf que.


D'une façon générale, les instances politico-administratives et les médecins accordent une importance limitée aux méthodes de restauration. Or, la restauration n'est pas qu'une fonction hôtelière et l'alimentation servie
fait partie du traitement clinique.

- Alimentation et soins nutritionnels dans les hôpitaux: comment prévenir la dénutrition

Couchée près de mon fils dans les vaps, j'ai fantasmé sur un verre de jus de pomme. Des noix. Un morceau de fromage. Me semble que l'attente aurait été plus douce. Mon fils aurait quitté son état de somnolence. Ça aurait donné un peu d'énergie à son petit corps qui en avait bien besoin.

De mon côté, ce don de nourriture, aussi frugale aurait-elle été, me serait apparu, bien au-delà des soins, d'une profonde et touchante humanité.

Du Moyen Age à la fin du XVIIIe siècle, l'hôpital est administré par des communautés monastiques. «L'alimentation est sobre mais réparatrice. C'est une alimentation spiritualisée, c'est-à-dire déconnectée autant que possible de la sensualité de la consommation. Mais il s'y rajoute une dimension spécifique: le don de la nourriture aux malades représente l'acte de charité par excellence. Il est donc généreux».

- Libération, L'hôpital conté par les menus

Octobre 2001, 20:39, CHU-St-Luc.
Je viens de donner naissance à mon premier bébé. Je suis au sommet du monde et j'ai faim! Déjà que j'avais dû manger en cachette pendant le travail... On me dit que l'heure des repas est depuis longtemps terminée. Mon chum insiste. On nous expliquera bien qu'on nous fait une faveur en nous apportant un gruau et un verre de lait.

Gruau qui expliquera à lui seul la naissance à la maison de mes trois autres babes. Après tout, Madeleine avait bien eu droit à du Commensal à la maison de naissance! Qu'est-ce qu'ils avaient compris là-bas qui échappait tant à un grand hôpital universitaire?

Seriez-vous capable de nourrir votre famille ? trois repas et deux collations ?
pour à peine plus de 4 $ par personne par jour? Des centres d'hébergement
québécois le font.

- Le Soleil, Manger mal à l'hôpital: de bien maigres budgets

Les hôpitaux. Les malades. Ça me fait penser aux vieux tiens.

J'étais quand même triste pour Albi. Préoccupée. Je trouvais soudainement ses yeux beaucoup trop grands pour son petits visage pâlotte. Son petit bras inerte bien trop frêle pour un quatre ans.

Au sortir du CLSC, mes parents, qui étaient avec les trois autres, nous avait gardé du poulet. Avec des frites et de la sauce BBQ. Je veux dire, gardé au four pendant au moins deux heures.

Ben je vais vous dire. C'est lorsque j'ai vu mon Albi déchiquetter cette cuisse en faisant plein de bruits de bouche que j'ai su que toute cette mésaventure était bel bien derrière lui. La sauce qui coulait sur son menton me montrait qu'il était déjà loin sur la voie du rétablissement.

dimanche 9 mai 2010

Les vieilles

C'est la fête des mères.
Et moi, je pense aux vieilles, même si je voudrais penser à autre chose.

Au début du mois d'avril, Radio-Canada apprenait que des milliers de personnes âgées au Québec sont sous-alimentées lorsqu'elles arrivent en institution.

Sous-alimentées. Ici. Pas là-bas , ici chez nous.
« Ils ont pris des habitudes à la maison, un bol de céréales le soir, une rôtie parce qu'on n'a pas faim, on n'a pas les capacités physiques de préparer, on est tout seul à manger, donc, c'est plus facile de faire ça.»
- Lyne Duval, chef du service de diététique de l'Institut universitaire de
gériatrie de Montréal.

Est-ce que nous sommes surpris de voir que leur condition ne s'améliore pas une fois qu'elles quittent leur maison pour un centre ou l'hôpital? Plus de la moitié des personnes âgées qui se retrouvent à l'hôpital perdent des forces au lieu d'en gagner durant leur séjour. Dans les centres d'hébergement, entre 30 et 85 % des résidants souffrent de dénutrition.

«Au Québec, on ignore ce problème, on ne s'en occupe pas, alors ça empire»
- Denise Ouellet, professeure à l'Université Laval

Qui gueulera pour les personnes âgées mal nourries? Imaginons la crise que causerait une nouvelle à l'effet que 80% des petits dans les CPE seraient en état de dénutrition.

Pourtant. Je pleure toutes ces vieilles qui ont nourri le Québec à bout de bras. Mères de familles souvent très nombreuses qui se retrouvent aujourd'hui à se faire un bol de céréales pour souper. Je pleure tous ces pères de familles, pourvoyeurs acharnés pour faire vivre les leurs qui ne se sont jamais mis aux fourneaux.

Aujourd'hui, nourrir les miens m'occupe continuellement l'esprit. Quoi leur offrir? Comment le faire? Pourquoi le faire? Combien en faire? Ça m'habite. Ça revient trois fois par jour, sept jour par semaine, 52 semaines par année. Parfois dans l'angoisse, parfois dans l'allégresse, le plus souvent dans la quotidienneté du temps qui passe. C'est ma vie. Tout comme il y a cinquante ou soixante ans, ça été la leur.

Viendra bien un jour où ils ne seront plus quatre à ma table mais trois. Puis deux. Puis un. Puis plus personne.

Nourrir les miens ne m'occupera plus l'esprit.

Mais qui aura à l'esprit de me nourrir?

mercredi 5 mai 2010

À l'école pour un repas

Ma collègue,
son chum est journaliste. Il était en Haïti et devait y rester pour un petit bout. Parce qu'ils ont comme pas mal de pain sur la planche là-bas.

Aujourd'hui son patron l'a appelé. Il doit quitter Haïti pour la Louisiane. Comme là, là. Dans le métier, on appelle ça le cycle des nouvelles.

Le tremblement de terre en Haïti?

Old news.

Les écoles viennent à peine de rouvrir en Haïti. Tu imagines? Les classes étaient suspendues depuis le 12 janvier! Et rouvrir est un bien grand mot. Les cours se donnent sous une tente de l'ONU. Parce que les écoles, tu sais...
Comme le pays est encore à genoux, bien des enfants manquaient à l'appel lorsque les classes ont repris. Aussi, les parents hésitaient à renvoyer leurs enfants en classe. Trop d'insécurité. Des bâtisses peu fiables. La peur d'une nouvelle secousse. Trop de tout. Trop de rien.

Alors ils ont eu une idée pour battre le rappel chez les écoliers.

L'école offre un repas chaud. Du riz, des légumes, un peu de viande. Un demi million de repas servis comme ça chaque jour dans les écoles via le Programme alimentaire mondial. Et ça marche. Parce que...

"Il y a des parents qui n'ont rien à donner à manger à leurs enfants. Ça se voit sur le visage des élèves, leur esprit est occupé car ils ont faim."

Ils
ont
faim
.

"Maman j'ai faim", pour nous au fond, ça ne voudra jamais rien dire tu vois.

Dans quelques jours, Albert va avoir 4 ans. Comme chaque fois que c'est l'anniversaire d'un enfant, je lui demande des jours à l'avance ce qu'il aimerait que je lui cuisine comme souper de fête.

"Un souper haïtien!" qu'il m'a dit du haut de ses 3 ans et trois quart.

Oui mon loup. Je vais te faire un souper haïtien pour tes quatre ans mon coeur. Tu le mangeras avec appétit alors que je serai fixée sur ton beau visage rond. Sur tes petits bras d'homme qui ont encore ces plis de bébé que je ne veux jamais voir disparaître.

Mais surtout, bon sang, surtout, je te regarderai manger pour tes quatre ans en remerciant la vie de ne jamais t'avoir vu avoir faim.

samedi 27 mars 2010

16h00

si je n'avais pas d'enfants,
ce soir je ne souperais pas et grignoterais ici et là toute la soirée.
Ou alors je me ferais un TV dinner devant le hockey,
ou bien un gruau très, très tard dans le bain avec un bon livre.

16h01
et
j'ai zéro inspiration,
zéro le goût de cuisiner,
zéro envie d'aller faire des courses,
zéro restes,
zéro provisions.

Je glande. Je paresse. Je fais comme si.

Mais j'ai des enfants.
Un chum.
Ils ont faim.
Ils essaient de m'aider alors que je bougonne.
Qu'est-ce que tu as le goût pour souper?
tortillas? spaghetti? mets chinois? poulet grillé? soupe tonkinoise? pizza libanaise? soupe à l'oignon gratinée? sushi? burger? gaspacho?
Non. non. non. non. non. non. non. non. non. non.
N o n .

16h08.

Mon chum vient de partir au marché avec trois de nos enfants.
Il va s'occuper de tout.
Je lui ai dit
Peu importe ce que tu achètes, je te préviens, ça se peut que je chiâle.
16h11
Je m'en vais dans le bain avec Albi.
Je fais comme si.
Ce soir il n'y avait jamais de souper.
16h14

mardi 2 mars 2010

Le lave-vaisselle

Elle en est folle.
Même chose pour le balai et la mini-balayeuse. Explosion de cris et fusion de joie.

Chaque fois, mon chum laisse aller sa testostérone et s'essaie à l'humour:
"Bah, laisse-là. C'est dans sa vraie nature."
Sa vraie nature de fille, bien sûr.
Notre seule et unique.
Dernière née de la smala.

Et moi je la laisse faire.
Mais quand même, j'entends les hurlements de certaines jusqu'ici.

dimanche 7 février 2010

L'éléphant et la protéine

Regardez bien cet animal.
Avec ses 4 mètres et ses 7,7 tonnes, l'éléphant d'Afrique est le plus gros mammifère terrestre. Il croit avec une diète uniquement végétarienne en dévorant en effet jusqu'à 200 kg de plantes par jour.

Cet éléphant ne vous semble pas dubitatif? Ouais. C'est parce que lorsque le photographe l'a croqué, il était en train de se demander:
- Avec ce que j'ai mangé aujourd'hui, aie-je une protéine complète?
Non. Bien sûr que ce n'est pas ce à quoi il pense. Plus futé que nous, le pachyderme sait bien que cette histoire de protéine complète est en fait un mythe qui, bien que n'ayant aucune base scientifique, perdure.

Depuis que nous en sommes à quatre repas végétariens par semaine, cette question de protéine complète commençait à me tarabuster. Vingt ans de métier ne sont pas sans laisser de traces, il fallait que je remonte aux sources.

Dans son livre La Grande cuisine végétarienne, Vicky Chelf Hudon nous informe de la complémentarité des protéines.
Tous les aliments classés dans le groupe viande et produits laitiers constituent une source de protéines complètes, c'est-à-dire qu'ils contiennent les huit acides aminés essentiels. Les aliments des autres groupes contiennent des protéines incomplètes, donc déficientes en ce qui regarde certains acides aminés. Pour obtenir des protéines complètes, on doit donc combiner dans le même repas des aliments appartenant à deux groupes différents.
Ce principe de la complémentarité des protéines est d'abord exposé par Frances Moore Lappé, dans un bestseller publié en 1971, Diet for a Small Planet. Or, Frances Moore Lappé n'était ni nutritionniste, ni médecin. Ses observations se basaient plutôt sur des recherches du XIXe siècle. Malgré tout, le National Research Council et l'American Dietetic Association endossent son point de vue en affirmant à leur tour que les protéines végétales seraient inférieurs et auraient besoin d'être combinées.

L'American Dietetic Association entreprend des recherches et fini par rapidement abandonner la prise de position initiale.
Vernon Young and Peter Pellet published their paper that became the definitive contemporary guide to protein metabolism in humans. And it also confirmed that complementing proteins at meals was totally unecessary.
- Susan Havala Hobbs, Ph.D, R.D, American Dietetic Association
De son côté, en 1981, dans une réédition de son livre, Moore Lappé admet son erreur avec grâce en écrivant:
En voulant défaire un mythe (celui de l'impossibilité d'éliminer la faim dans le monde), j'en ai créé un autre - celui de la complémentarité des protéines.
Plusieurs autres suivent la voie:
It was once thought that various plant foods had to be eaten together to get their full protein value, otherwise known as protein combining or protein complementing. Intentional combining is not necessary to obtain all of the essential amino acids.

Malgré tout, près de 30 ans plus tard, le mythe tient bon!

  • L'American Heart Association continue d'avancer que les protéines végétales sont incomplètes (ou moment où la consommation de viande est liée à une augmentation des maladies coronariennes);
  • Le prestigieux Harvard School of Public Health affirme que les fruits et légumes sont plus propices à contenir des protéines incomplètes;
Certains mythes ont la vie dure, très dure. Même si le chercheur sur lequel l'American Heart Association s'appuie pour défendre sa position affirme:
Contrary to general opinion, the distinction between dietary protein sources in terms of the nutritional superiority of animal over plant proteins is much more difficult to demonstrate and less relevant in human nutrition.
- Millward DJ
Rien n'y fait, l'Association persiste et signe: les protéines végétales sont incomplètes.

Là bas dans la savane, l'éléphant n'en a rien à foutre de ces débats d'experts. Il sait bien lui qu'il atteint ses 7 tonnes et demi seulement en se nourrissant jour après jour des mêmes plantes. D'ailleurs, si vous le croisez, il pourrait fort bien vous citer ce qu'il a lu dans Veganomicon.
Next time people ask you the million-dollar question, "But where do you get your protein?" ask them wich essential amino acid they are the most concerned about.
Comme on dit, ça ne trompe pas.