mercredi 5 mai 2010

À l'école pour un repas

Ma collègue,
son chum est journaliste. Il était en Haïti et devait y rester pour un petit bout. Parce qu'ils ont comme pas mal de pain sur la planche là-bas.

Aujourd'hui son patron l'a appelé. Il doit quitter Haïti pour la Louisiane. Comme là, là. Dans le métier, on appelle ça le cycle des nouvelles.

Le tremblement de terre en Haïti?

Old news.

Les écoles viennent à peine de rouvrir en Haïti. Tu imagines? Les classes étaient suspendues depuis le 12 janvier! Et rouvrir est un bien grand mot. Les cours se donnent sous une tente de l'ONU. Parce que les écoles, tu sais...
Comme le pays est encore à genoux, bien des enfants manquaient à l'appel lorsque les classes ont repris. Aussi, les parents hésitaient à renvoyer leurs enfants en classe. Trop d'insécurité. Des bâtisses peu fiables. La peur d'une nouvelle secousse. Trop de tout. Trop de rien.

Alors ils ont eu une idée pour battre le rappel chez les écoliers.

L'école offre un repas chaud. Du riz, des légumes, un peu de viande. Un demi million de repas servis comme ça chaque jour dans les écoles via le Programme alimentaire mondial. Et ça marche. Parce que...

"Il y a des parents qui n'ont rien à donner à manger à leurs enfants. Ça se voit sur le visage des élèves, leur esprit est occupé car ils ont faim."

Ils
ont
faim
.

"Maman j'ai faim", pour nous au fond, ça ne voudra jamais rien dire tu vois.

Dans quelques jours, Albert va avoir 4 ans. Comme chaque fois que c'est l'anniversaire d'un enfant, je lui demande des jours à l'avance ce qu'il aimerait que je lui cuisine comme souper de fête.

"Un souper haïtien!" qu'il m'a dit du haut de ses 3 ans et trois quart.

Oui mon loup. Je vais te faire un souper haïtien pour tes quatre ans mon coeur. Tu le mangeras avec appétit alors que je serai fixée sur ton beau visage rond. Sur tes petits bras d'homme qui ont encore ces plis de bébé que je ne veux jamais voir disparaître.

Mais surtout, bon sang, surtout, je te regarderai manger pour tes quatre ans en remerciant la vie de ne jamais t'avoir vu avoir faim.

5 commentaires:

grenouille verte a dit…

comme c'est beau !!! vraiment tu écris très bien et tu me touches !! bon anniversaire petit homme !!

Anonyme a dit…

Excessivement touchant, Annie.

Merci. Je suis solidement émue. La "mère-nourricière" en moi tout particulièrement.

On ne réalisera jamais assez la chance que nous avons à nous interroger sur le "qu'est-ce qu'on mange?" et non sur le "est-ce qu'on mange?" ou le "quand est-ce qu'on mange?".

"Maman j'ai faim" prend une couleur bien différente selon nos réalités respectives.

Bonne fête à ton coquin qui mangera le festin haïtien préparé avec beaucoup d'amour par sa maman, pour lui. Pour remplir son ventre, pour alimenter ses petits plis, pour faire le plein de tendresse alimentaire.

Encore merci!

Nathalie (ju)

France-Andrée a dit…

C'est tellement touchant ce que tu écris ...

Mama-Urbaine a dit…

Touchant ce texte!

Annie a dit…

C'est drôle hein, c'est hier que ma collègue présentait un reportage sur le sujet. Je suis arrivée chez moi le soir et je n'avais aucunement l'idée d'écrire un billet pour le blogue. Mais j'y suis allée, j'ai commencé à écrire et c'est ce qui est sorti. Tout seul.

Est-ce que c'est ce qu'on appelle de l'inspiration?

En tout cas, fait croire que tout cela m'habitait...

Merci de vos mots. Ici, on est capable de rire, comme de pleurer des fois. Comme dans toute bonne famille quoi...