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dimanche 22 juillet 2012

Recap

De mon côté je n'ai pas publié de livre, mais depuis février, il s'est quand même passé deux, trois trucs...

Je suis allée à Paris,


Blanche a appris toute seule à se servir de Photo Booth,

J'ai vu Stockholm,


Albert a demandé du homard pour son souper de sixième anniversaire,

J'ai mis les pieds au Burkina Faso,
Les grands sont capables de faire des gâteaux au chocolat,


J'ai fait un petit détour par Washington,

On a eu un petit chaton,
et pis... bin... ce sera un peu plus gros qu'un chaton et ça arrivera dans quelques mois.


Ouan. C'est ça qui est ça.

mardi 13 mars 2012

Trois petits pots de confiture




Voilà tout ce qui reste de confiture dans ma réserve. Et des petits pots, il ne s'en ajoutera plus.

Madame J., ma voisine aux confitures, vit maintenant dans une maison de vieux.

Je me doutais bien que ça arriverait bientôt. Madame J. avait de plus en plus de mal. Elle ne parlait plus du tout depuis un bout. Mais en plus, elle me semblait totalement dépourvue de son énergie légendaire. Plus que l'ombre d'elle même.

Et il y a aussi madame J., sa fille, qui habite le rez-de-chaussée, qui semblait avoir de moins en moins de patience. Je les avais vues un jour sur le perron. Madame J., la fille, avec un ton poli, mais un rien exaspéré, montrait à sa mère comment déverrouiller la porte d'entrée. Je pensais qu'elles s'étaient embarrées à l'extérieur.

"Ça va Madame J.? avais-je demandé. Avez-vous besoin d'aide?"

"Non, non, avait répondu la fille, avec un sourire gêné. C'est ma mère qui n'a pu ouvrir la porte l'autre jour, alors je lui montre comment..."

Madame J., la fille, quelque 65 années, toujours tirée à quatre épingles, avec son impeccable accent français, je la trouvais fatiguée ces derniers temps. Seule aussi. Elle, pourtant si réservée, me parlait de plus en plus souvent. Parfois, j'avais même l'impression qu'elle se trouvait des prétextes.

"J'ai des livres pour les enfants!" était-elle venu me dire un jour. Et elle avait apporté aux enfants de vieux livres à colorier dont, franchement, je me serais passé. Et puis, elle en avait profité pour discuter un peu. Comme chaque fois, elle m'avait parlé de sa mère et de son mari lui aussi malade. Et je l'avais écouté avec intérêt. Avec beaucoup d'empathie. Sans prendre pitié, quand même. Parce que la pitié, personne n'en veut. En tout cas, madame J., la fille, je suis certaine qu'elle n'en aurait jamais voulu.

Aidante naturelle. Voilà ce qu'elle était devenue. Oh! elle le faisait avec devoir, avec courage, avec dévouement, mais avec fatigue aussi. Et avec un rien de déception.

"Vous partez en voyage? Comme c'est bien!" avait-elle dit alors qu'on partait en Gaspésie. "J'aimerais encore beaucoup voyager, mais vous savez... ma mère... et puis, mon mari..."

*********

"Comment va votre mère?" ai-je demandé à madame J., la fille, il y a quelques jours. Je savais déjà qu'elle n'habitait plus là. Même à Montréal, tout finit par se savoir entre voisins.

"Et bien... elle va mieux!" m'a dit-elle dit avec un sourire." Quand elle habitait en haut, elle ne mangeait plus, ne sortait plus, elle était de plus en plus déprimée. Mais là... elle va mieux. Il y a des gens qui s'occupent d'elle. Elle ne parle plus, vous le savez, mais au moins, elle peut échanger un peu. Elle a de la compagnie. Oui, elle va mieux."

Madame J., la fille, me semblait elle aussi aller mieux. Quelque chose dans l'élan de sa démarche. Je lui ai dit d'ailleurs. Que je m'inquiétais un peu pour elle. Qu'elle avait l'air si fatiguée dernièrement.

On a beau dire ce qu'on veut Annie sur les maisons de vieux. Je sais que ce n'est pas toujours le paradis. N'empêche. Parfois, il n'y a vraiment pas d'autres solutions. On peut bien sûr essayer de faire autrement, mais parfois ça ne fonctionne pas. Ni pour celui qui est aidée, ni pour celui qui aide.

"Vous savez, m'a-t-elle dit, mon fils va acheter la moitié du duplex. Alors je vais aller habiter dans le logement de ma mère. Mais je fais tout rénover d'abord. Je veux un solarium qui donne dans la cuisine. Et une nouvelle cuisine. Oui, une cuisine à mon goût. Alors, avec les enfants de mon fils et les vôtres, il y aura six enfants qui se partageront l'allée. De la vie. Il y aura beaucoup de vie."

Ça m'a fait sourire, quand même. Madame J. prendra maintenant la place de sa mère. Et tout rentrera dans l'ordre. L'ordre du temps.

Oui, enfin...

Sauf pour ma confiture.

jeudi 19 janvier 2012

Puck Mommy

AYOYE Madeleine! As-tu vu ÇA?
Cuisiner avec Canadien!

Une patente de profits pour un livre de recettes avec Ricardo pis les femmes des joueurs. Clairement, quelqu'un s'est inspiré de Vers la Coupe®. Tk...

Savais-tu ça toi, que la femme de Gionta s'appelle Harvest. Pis qu'elle Cuisine avec Canadien?



Moi ces jours-ci, je Cuisine avec Futur Canadien.
Souper de Futur Canadien au retour de sa Classique hivernale

Avec la saison de hockey, c'est rendu que faut toujours que je garde un repas au chaud pour celui qui est sur la glace cette journée là. Quand ce n'est pas les deux qui sont sur la glace la même journée, à des heures différentes... Pfffiouf, heureusement que j'ai deux fours.

Tu penses qu'elle lui prépare quoi, toi, Harvest à Brian? Tu sais, quand il revient d'une cuisante défaite de 3-0, mettons.

Sérieux, tu iras avec quoi? Tu le punirais avec du seitan ou tu tenterais de lui faire oublier sa journée de bureau avec un dry martini, une nuisette pis de l'entrecôte?

Comme femme de joueur, je serais très pour la nuisette je pense.

Futur Canadien de son côté, je crois que ça lui plait drôlement de manger seul avec sa mère tout à lui alors que les autres sont au lit. Cubes de tofu frits, nouilles japonnaises et vieux restant de bok choy? Pas de problème, l'assiette est vidée et on en redemande.
- Mange ton tofu mon homme si tu veux être dans Canadien!
*soupir*

Je t'avais déjà dit ça hein Madeleine que j'ai passé à ça d'être une femme de joueur? Han han. Si la carrière d'ailier gauche de mon chum n'avait pas été interrompue par des études en littérature au cégep St-Laurent, bin c'est moi qui serait avec Ricardo sur le front page de Cuisiner avec Canadien!

Quand j'y pense, notre vie aurait été différente quand même. On aurait commencé par habiter un quartier modeste, comme l'île-des-Soeurs, pis ensuite on se serait fait bâtir à Brossard, près du Dix-30...

Je me serais gardée occupée tsé. Bin, pour ne pas avoir à regarder tous les matchs et à me languir pendant les voyages à l'étranger de mon ailier gauche étoile. Je sais pas, j'aurais lancé ma ligne de cosmétique ou amassé de l'argent pour une cause vachement importante.

... Ah, c'est ben pour dire hein comme le chemin de ta vie peut bifurquer...

Je suis pas mal comme puck mommy, mais je te le dis => comme femme de joueur, j'aurais été formidable je trouve.

lundi 12 décembre 2011

La guignolée d'Albert

Chaque décembre depuis qu'il va à l'école, Ulysse voit toujours venir la guignolée avec beaucoup d'émotions. C'est un événement qui le touche profondément et il met énormément de soin à choisir ce qu'il va offrir aux familles dans le besoin.

La guignolée donne toujours lieu à de longues discussions. Cette année plus encore puisque c'était la première guignolée scolaire d'Albert, initié au concept par ses deux grands frères...
- Je me demande, nous dit Ulysse alors que je les reconduisais à l'école, si je vais donner de la nourriture pour bébé ou un sac de couscous...

- C't'année en tout cas, moi je donne du ketchup, lance avec assurance Éloi.

- Éloi! Franchement du ketchup... C'est pas vraiment un produit intéressant, que je lui dis, découragée. Tsé pour la guignolée, pense à quelque chose de plus... comment je pourrais te dire... un petit luxe là, quelque chose que toi tu aimerais recevoir.

- Bin, justement, c'est du luxe! Tu nous dis toujours de pas en mettre trop de ketchup!

- ...

- Moi, dis alors Albert silencieux jusque là, pour la guignolée, je veux donner un chaton.

- Albert COME ON, un chaton, c'est PÉRISSABLE! le rabroue Éloi sans appel.
Finalement, Ulysse a choisi des petits pots pour bébé. J'ai accepté qu'Éloi offre du ketchup, mais le compromis, ça été un ketchup aux fruits, de luxe. Et pour Albert en fin de compte, son choix s'est posé sur un sac plein de petits chocolats suisses de fantaisie. On a ajouté des bouteilles de bon jus à tout ça.

Alors ce matin, ils sont partis tous les trois fièrement avec leurs sacs d'épicerie remplis de ces denrées non-périssables.

Ils étaient déjà à la maison cet après-midi lorsque je suis revenue de faire l'épicerie. J'avais à peine un pied dans le portique que s'élance vers moi un Ulysse passablement troublé...
- Maman!!! C'est parce qu'Albert a mangé sa guignolée!
Hep.

Je m'avance vivement dans la cuisine pour découvrir mon chum qui lui débarbouillait le bec tout chocolaté...
- ALBERT! Mais qu'est-ce que t'as fait là... C'était pour les familles qui en avaient besoin!
Son petit bec s'est mis à trembler et ses yeux noirs sont devenus encore plus grands... Mon irritation est tombée tout d'un coup, mais j'ai dû lui tourner le dos très vite pour ne pas qu'il me voit me mordre les joues pour empêcher une furieuse envie de m'écrouler de rire.

Cou'donc. Heureusement que ce n'était pas un chaton finalement, hein.

mercredi 10 août 2011

Les dernières roses

Ces roses sur ma table, ce sont mes dernières. Pas de la saison, mais bien de ma vie.

Hier, j'ai découpé cet immense rosier en pièces. À mains presque nues à sentir ses épines dans ma chair.

Ma voisine, celle qui est née dans cette rue il y a plus de 70 ans maintenant, me voyant travailler d'arrache-pied, me lance:
- Pas de lui aussi madame, vous ne devez pas vous débarrasser de lui aussi...
Hep Mme Germain, de lui aussi. C'est que, comme le cèdre du devant et les lilas du côté, le rosier et tous ces arbustes que je vois chaque jour depuis maintenant dix ans sont dans le chemin.

Dans le chemin de ma maison de rêve.

Alors on arrache. On coupe. On jette.
Des images de cette maison-ci partent depuis une semaine, petits bouts par petits bouts, arrachés à bout de bras par la vigueur de mon marteau ou de ma scie.

Vachement thérapeutique.

Dix ans de cette vie s'envolent d'un coup et ne reviendront jamais. Comme le reste quoi. Dix ans de soupers sur cette terrasse. Dix ans de floraisons. Dix ans d'ouverture de cuisine d'été.

Arrache. Coupe. Jette.

Dix ans d'une maison qui nous a vu arriver deux et qui nous endure maintenant six. Ne vois-tu donc pas, maison, que pour mieux respirer, on doit étouffer ce qui est dans le chemin?

Mais ces roses! Semblables à cent mille roses et pourtant uniques au monde.

- Le rosier, me dit sournoisement ma voisine, il était là du temps de Mme Packon vous savez...
Je me suis quand même arrêtée un instant. Mme Packon. Propriétaire originelle. Elle s'était installée dans cette maison il y a 60 ans pour y vivre jusqu'à sa mort, qui était venue la chercher juste en haut, dans son lit. Bien dans notre chambre là. Celle qui a vu naître trois de nos enfants.

Une mort. Trois naissances. Un rosier arraché. Tout ça tourne.

Et là déjà, je me mets à espérer une renaissance qui me semble, à cet instant, pourtant si loin.

mercredi 20 juillet 2011

Quand il y en a pour six...

Il est 16h, je suis au bureau. Mon téléphone sonne. Mon chum.
- Ouan, on a pensé à quoi pour souper ce soir?

- Euh, J'AI, pensé à du boeuf à la citronnelle, pourquoi?

- Bien... tu te souviens de Ben?

- ...

- Bien oui, Ben! Tsé là... Ben?

- ...

- Je t'ai jamais présenté Ben? En tout cas, y'est dans le coin. Faque, on se disait qu'il me rejoindrait au centre-ville pis que je le ramènerais à la maison. Pour qu'il soupe avec nous autres tsé... T'en penses quoi?
Ce que j'en pense, c'est qu'il est 16h pis qu'il me ramène quelqu'un pour souper. Un mercredi de travail! Alors que j'ai du boeuf qui attend depuis dimanche après-midi pour que je le transforme en sauté à la vietnamienne avant qu'il ne se mette à sauter de lui même vers la poubelle. Mais comme ça a l'air que je l'aime, ça l'air que je sais aussi être conciliante.
- C'est le total bordel à la maison, tsé. Pis tout ce que j'ai, c'est du vieux boeuf de dimanche. Rien d'autre.

- Ça va t-être par-re-fait!
La cuisine familiale, c'est celle que tu peux allonger, right? Alors après le boulot, j'ai enfilé mon tablier et j'ai préparé mon boeuf à la citronnelle en pensant à toutes celles dans l'histoire qui ont un jour dit: "si il y en a pour six, bien il y en a pour sept!"

Mon chum et Ben sont arrivés. Avec de la bière bien fraîche. Ben et moi, on s'est présenté, parce qu'on ne se connaissait pas finalement. Les enfants étaient timides, donc calmes. En jasant avec enthousiasme, mon chum passait subtilement le balais et décrassait la table. Il est excellent dans ce genre de subtilités ménagères. Le souper était prêt en deux temps trois mouvements.

Le petit souper de semaine, quand tu y penses, c'est l'intimité totale. La famille se retrouve, on est là tel quel, on mange ce qu'on a sous la main, avec les humeurs du jour de tout un chacun. Ajouter une chaise au petit souper de semaine, c'est le partage au sens le plus pur: c'était pour nous, mais voici, y'en a pour toi, approche ton assiette.

Manger ensemble, ça rapproche justement. On a parlé du travail, de politique, de cuisine aussi, bien sûr. Les enfants ont quitté la table un après l'autre, poliment. Ben a demandé une deuxième assiette. Mon chum s'est aussi resservi.

La soirée avançait, Ben devait partir, les enfants êtres couchés.

On s'est levé de table et on l'a débarrassé ensemble. Mon chum se préparait à raccompagner Ben à l'extérieur quand celui-ci s'est tourné vers moi.
- Merci, c'était super bon. J'adore la coriandre en plus.
Bingo. Non seulement y'en a eu pour sept, mais le client était satisfait.




samedi 11 juin 2011

La tradition

Hier, c'était le souper spaghetti de l'école de mes fils.
Depuis que mon aîné est à la maternelle, chaque mois de juin ramène cette soirée bénéfice. Un grand chapiteau dans la cour de récréation et le gym peuplé de tables habillées de nappes à carreaux rouges et blancs.

Il fait toujours trop chaud. On est toujours mal assis. Le chapiteau toujours trop plein. La file toujours trop longue avant de pouvoir emplir nos assiettes. Le stress toujours trop présent d'avoir à servir 4 enfants (surtout quand le chum est en retard).

C'est étonnant quand même comme du spaghetti, ça peut être bon dans toutes les circonstances. As-tu déjà pensé à ça Madeleine?

Bon c'est vrai que, quand j'étais enfant, mon frère et moi, on s'était fait garder quelques fois chez une dame qui faisait son spaghate comme ça: elle cuisait vraiment très longtemps les pâtes, ensuite sans les égoutter tout-à-fait, elle les plaçait dans nos assiettes pour finalement les arroser de soupe aux tomates Campbell.

Je te jure.

Un de mes meilleurs souvenir de spag est lié à l'hiver. Chaque année, avec la grande famille de ma mère, on se retrouvait dans un immense chalet pendant tout un weekend. On avait toujours au menu un souper spaghetti. Chaque famille apportait sa sauce à spag congelée et on les mélangeait toutes dans un immense chaudron. Comme ils étaient onze enfants du côté de ma mère, je te dis pas le mélange des goûts et des saveurs. Super spag.

Encore aujourd'hui, chaque fois qu'on part en vacances, on se planifie un souper spaghetti. Vite fait, simple, facile à partager, aimé par tous et en plus, la sauce gelée aide à garder la glacière fraîche et le plat de sauce vide fait toujours un bon contenant pour les restes.

Il y a aurait toute une sociologie du spag à faire, tsé. On devrait écrire un livre là-dessus Madeleine.

Maintenant, le spaghetti, c'est un peu la fin des classes. Jaser avec les parents des amis des garçons, visiter l'exposition de leurs oeuvres d'art, prendre des nouvelles de leurs anciens profs, se marrer devant un match de foot pères-enfants.

Quand on voit la feuille bleue d'invitation arriver dans le sac à dos des garçons on se dit: "Quoi?!? Déjà le souper spaghetti!" En secret, on hésite toujours un peu à y aller, mais devant l'insistance des gars, comment résister?
- Le souper spaghetti maman, c'est la tradition, a décrété mon fils.
Après tout, le spag est bon pour vrai et la salade césar contient du vrai bacon. Hier, une fois sustentés dans la chaleur, le stress et le manque d'espace, on s'est retrouvé sous le chapiteau avec des parents qui pourraient être nos amis dans la vraie vie. On a partagé nos bouteilles de vin, on ne savait plus où étaient nos enfants et on a discuté solide sous le soleil couchant de juin.

Tchin guys. Une autre année qui se termine.



vendredi 20 mai 2011

Les bonbons du vendredi

Le vendredi, mes garçons arrivent en autobus. Ils viennent tout juste de rentrer là. Et le vendredi, je les attends avec des bonbons. De toutes les couleurs et de toutes les textures. À l'épicerie, je choisis mes bonbons et j'imagine la tête qu'ils vont faire. Ça me rend heureuse.

Les bonbons du vendredi.





Quand j'étais enfant, ma grand-mère gardait ses bonbons dans une immense jarre. Dans mon souvenir, la jarre avait la forme d'un ourson. Brune. Très lourde. Elle la rangeait dans le garde-manger. Juste au milieu, sur la tablette la plus haute.

Le dimanche lorsqu'elle sortait la jarre, tous ses petits-enfants tournoyaient autour d'elle. Elle nous la tendait et on y plongeait notre main à la recherche de la plus grande quantité possible de bonbons.

Ça semble mignon comme ça, mais c'était la guerre. Parce que j'étais parmi les plus jeunes. J'avais les plus petites mains. Et j'étais la seule fille.

Mes cousins les plus vieux n'avaient aucun scrupule à écraser les petits et encore moins les filles. Avec leurs grandes mains, ils raflaient les meilleures prises. À moins qu'une tante n'intervienne, nous les petits, on était pris avec les clannedacks.

La jarre de bonbons de ma grand-mère, ce que j'en ai rêvé. J'ouvrais le garde-manger à son insu, je gravissais les tablettes et je plongeais ma main dans cette jarre. Seule. Tous les bonbons du monde dans cet ourson.

Aujourd'hui je pense plutôt à ma grand-mère. J'aurais aimé la voir acheter les bonbons à l'épicerie. Si ça la rendait heureuse: "Ah tiens, des suçons. Et des rockets, ça fait longtemps! Est-ce qu'il me reste de clannedacks pour les petits?".

J'aurais voulu l'observer ensuite pendant qu'elle les plaçait dans sa jarre. Je me demande si elle le faisait en pensant à nous, ses petits-enfants. À moi, sa petite-fille aux petites mains.

Parce que moi, quand je sers les bonbons du vendredi, c'est immanquable: je pense à elle.

dimanche 8 mai 2011

Bonne et nutritive fête des mères








Maman tu es

Magnifique
Amusante
Devenue une mère de quatre enfants
Extraordinaire
La meilleure mère
Aimable
Imbattable
Nutritive
Étoilée

Victor


- Nutritive?

- Ben y'avait juste des mots comme nono, nounoune qui me venaient en tête...

- Nounoune? En pensant à moi?

- Ben non, c'est pas ça! Mais je trouvais pas de mot... Alors j'ai cherché dans le dictionnaire et j'ai vu nutritive. Pis c'est vrai. Regarde encore ce soir tu nous as nourri même si c'était la fête des mères.

Merci mon gars. Toi aussi t'es pas mal nutritif, tiens. Parce que tu me nourris d'amour tous les jours.

vendredi 6 mai 2011

Petits pots de confiture

Ça se passe toujours de la même façon. Quand il fait beau et que je sors sur mon balcon arrière pour étendre mon linge sur la corde, je vois dans le coin de mon oeil gauche madame J., là-haut, sur son balcon.

- Fais pas le saut quand tu verras madame J., m'avait dit mon homme l'hiver dernier, elle a beaucoup de mal à parler. On la comprend difficilement.

J'avais remarqué moi aussi qu'elle prononçait de plus en plus mal. De la paralysie? De la dysphasie?

Madame J., 91 ans, je ne l'ai pas vue de l'hiver.

Et puis le printemps est enfin arrivé. Celui qui ramène le soleil qui plombe sur ma corde à linge. Celui dont les vents sont assez chauds pour sécher deux brassées un même dimanche. Celui qui fait sortir les fleurs dans le jardin et les petites vieilles sur leur balcon.

Je l'ai vue dans le coin de mon oeil gauche madame J., mais je ne l'ai pas entendue. En voyant qu'elle agitait avec sa main un sac en plastique blanc, j'ai compris qu'elle avait de la confiture pour moi. Je suis descendue, elle aussi, nous nous sommes retrouvées à la porte de sa clôture. Un peu de mal pour ouvrir la porte, mais enfin, la voilà qui se tenait devant moi.

Elle a émis un son, quelque chose qui semblaient être des mots mais qui n'en étaient pas.

Madame J. ne peut plus parler.

J'ai pris le sac. "De la bonne confiture, madame J. Merci, vous me gâtez, comme toujours. Elle est à quoi?"

Un son qui ressemblait à un mot.

J'ai ouvert le sac. J'ai regardé l'étiquette sur lequel j'ai lu le mot "prune" et j'ai reconnu au même moment ce presque mot qui était sorti de sa bouche. Puis elle a mis sa main sur sa bouche.

" Vous ne pouvez plus parler madame J.?" Non qu'elle me fait de la tête avec un large sourire. "Mais vous faites toujours de la bonne confiture?" Elle a souri encore plus grand, hochant la tête et je l'entendais me dire "C'est ça!" avec son accent français.

"Alors c'est bien ma chance. Merci!"

Toujours énergique et me saluant de la main, elle a refermé la porte et grimpé les escaliers qui menaient à son balcon.

Madame J. ne parle plus. Elle ne pourra plus me dire comme toujours: "Le plaisir d'en donner, c'est le plaisir d'en refaire." Elle ne pourra plus me raconter comment elle a traversé l'océan de la France à chez nous avec ses quatre jeunes enfants. Je ne pourrai pas, comme je me l'étais promis, lui demander de m'expliquer encore une fois comment faire pour savoir si les fruits contiennent assez de pectine.

Nos conversations vont me manquer.

Des voix s'éteignent, Annie. Celles d'une génération de femmes qui ont consacré leur vie, toute leur énergie, à leur famille. Celles qui ont passé la plus grande partie de leur existence debout, au coeur de leur maison, dans leur cuisine, au service de leur famille.

C'est ce qu'a fait madame J. pour ses quatre enfants. Elle détient un savoir précieux, vivant, qui est important de cueillir et de conserver.

Je ne sais pas si ça change quelque chose, mais la voix de madame J., elle va résonner en moi pour toujours.

mardi 19 avril 2011

Comment faire la vaisselle

Entre les deux grandes guerres, les architectes de nos maisons imposent l'image de la cuisine laboratoire: les mets préparés d'une manière scientifique.


C'est comme ça qu'ils dissèquent les moindres geste de la ménagère pour dessiner des cuisines performantes.


Voici comment, dans les années 1930, l'architecte Jean Delhaye décompose le processus du lavage de la vaisselle:



  1. Amenée de la vaisselle - La vaisselle à laver est sortie de l’armoire et déposée sur la tablette de l’évier dans un ordre de préférence : certains objets devant être lavés avant d’autres.

  2. Immersion - Une partie de la vaisselle est alors immergée dans de l’eau chaude contenue dans la cuvette de l’évier (nous ne parlons plus de la bassine à vaisselle, devenue désuète).

  3. Lavage – Par la main gauche, la ménagère retire successivement chaque objet qui sera lavé par l’intermédiaire de la main droite.

  4. Rinçage – L’objet, toujours tenu par la main gauche, est plongé dans la cuvette de rinçage, retiré et

  5. Egouttage – est déposé sur l’égouttoir. Ces trois dernières opérations sont répétées autant de fois qu’il y a d’objets à nettoyer.

  6. Séchage – La ménagère, reprenant les différents objets placés sur l’égouttoir, les essuie et les dépose sur la table desserte, laquelle sera ensuite dirigée vers les armoires et meubles destinés à recevoir la vaisselle propre.

Six étapes faciles. Une de plus que ma tourtière tiens.

samedi 19 février 2011

Ça coûte cher

Ça coûte cher l'épicerie.

De juin à décembre, 44 millions de personnes sont tombées dans l'extrême pauvreté suite à la hausse des prix alimentaires. Les cours mondiaux du blé, du maïs, du sucre, du soja, du riz et des huiles alimentaires sont en hausse.



Cette illustration est tirée du blogue de l'illustratrice Geneviève LeBel Les images de Leb. Visitez la!

Alors je ne suis pas folle. Ce n'est pas le cours mondial de l'appétit de mes quatre enfants qui connaît une forte augmentation, c'est ce qu'on mange qui coûte plus cher.

L'envol des prix a déjà commencé à produire ses effets. Dans les pays du Sud, la faim du monde change la donne géopolitique et la colère de la rue va se faire sentir.

Je ne suis pas colère. On gagne bien notre vie, nous n'aurons jamais faim. Je ne peux pas dire par contre que l'augmentation du prix de mon panier d'épicerie me laisse de glace. Depuis à peu près un an j'avoue qu'il y a eu un petit laisser aller. J'ai moins fait attention aux dépenses de nourriture, moins de listes, moins d'achats en gros, moins de prévoyance...

Manger, manger, c'est bien beau. Reste que ça me tue d'avoir l'impression de ne pas en avoir pour mon argent.

Va falloir s'y remettre. Replonger dans la boîte à idées. Je pars à la recherche de trucs pour rentabiliser mon panier d'épicerie...

mardi 18 janvier 2011

Le petit garçon et le Ziploc

Avant Noël, comme toujours, j'ai fait des beignes avec ma mère. Des dizaines et des dizaines de beignes que l'on a ensuite séparés équitablement. Placés dans d'innombrables sacs Ziploc, ils ont été congelés amoureusement en prévision des vacances et des grands froids.

Chez nous l'hiver, on adore les beignes de Noël. Surtout Albi.

Ce 3e fils, Albert, est né une semaine avant la date prévue. Moi qui avait pondu d'énormes bébés, je le trouvais si fragile avec son minuscule 9 livres et 2 onces et si petit avec ses 54cm. Pendant les premières semaines de sa vie, on l'appelait d'ailleurs avec tendresse: notre petit prématuré.
Notre petit prématuré en mai 2006, le jour de sa naissance

Je n'ai jamais eu conscience de le nourrir plus que les autres mais reste qu'Albert a très vite montré de belles rondeurs. Alors on s'est mis à l'appeler amoureusement: notre petit dodu.

Depuis qu'Albert mange de la nourriture solide, il grignote. Toujours. Comme Alceste dans le Petit Nicolas, il a constamment de la nourriture dans les mains. C'est comme ça que je retrouve des pelures de clémentines dans les fentes du sofa, des coeurs de pommes dans son lit, des boîtes vides de biscuits plein mes armoires.

Ou bien des sacs Ziplocs dans le sous-sol.

À presque 5 ans, ses petites mains sont toutes rondes et l'on perçoit encore son bedon de bébé. Ce qui fait qu'aujourd'hui, on le surnomme avec affection: Chubby Bert.
Chubby Bert jouant sur la plage de l'Ile Verte, en 2009

Cet automne, Albi a été malade. Une grippe, puis une gastro. Je le trouvais chétif. À la garderie, jour après jour son éducatrice me confiait avec inquiétude: "Au dîner, il n'a demandé que deux portions!" Bon sang. Aussi bien dire qu'il n'avait rien mangé, pauvre petit chou! Il avait maigri, ça se voyait.

J'étais heureuse pendant les Fêtes de constater qu'il profitait bien, sans doute aidé par mon abondante et savoureuse cuisine maison.

Samedi, les gars sont allés patiner. En attendant leur retour, je me suis dit que de les accueillir avec un chocolat chaud et des beignes de Noël, cela maintiendrait mon image de mère aimante.

Prépare le chocolat chaud.
Allume le four pour réchauffer les beignes.
Descends au sous-sol chercher un sac de beignes.

Sauf qu'il n'y avait plus un seul beigne dans le congélo. Juste un sac Ziploc. Vide.

Confuse et horrifiée, je me suis alors souvenue de ce Ziploc trouvé sur le sofa. Puis de cet autre sac aperçu dans la poubelle de la toilette. Et de celui-là dans ma salle de lavage...

Chubby Bert aura été le seul à manger des beignes de Noël cet année. Paraît que pour les petits prématurés, c'est très fortifiant.

jeudi 13 janvier 2011

Ce soir à table,
mes fils et moi, on s'est obstiné solide sur le statut de la tomate.

Un fruit?
Ou
Un légume?

(je sais, je sais que du point de vue botanique, la tomate est un fruit, mais à l'épicerie, on la classe avec les cristies de fruits ou les cristies de légumes ta tomate, han, han?)

Alors pour dessert, je leur ai servi une fondue au chocolat
avec des tomates.
Non seulement ils ont tout mangé
ils ont dit que c'était bon.

mercredi 15 décembre 2010

Le comptoir

Dis-moi,
qu'est-ce qu'on trouve
sur ton comptoir de cuisine?


Chez nous, le plus souvent,
on y trouve une petite fille.


Petite, je l'avais dans les bras,
même en cuisinant.
Devenue trop lourde,
je la posais là
pour souffler un peu.


Depuis, toujours la même histoire
"Maman, veux m'asseoir ici!"
Alors, les poignées de tiroirs
elle se sert comme d'une échelle
et pendant que je cuisine
la voilà sur le comptoir
à faire ses choses de petite fille

Toujours.
Même quand elle est malade

et qu'elle veut faire un petit dodo

Mademoiselle accorde aussi des audiences.
De temps à autre ses frères
elle invite près d'elle
pour la distraire un peu.


Des heures elle peut y rester.
Bien sage à me regarder.

Je suis peut-être la reine du foyer
mais le comptoir est son royaume.

dimanche 5 décembre 2010

Le matin quand tu te réveilles...

Party de bureau.

J'ai eu la mauvaise idée de boire deux cosmos bien fort sur un estomac vide.

Mauvais plan.

Après, c'est un peu flou. Je sais que mon verre se remplissait tout seul. Je sais que je l'ai vidé quelques fois. Je sais que j'ai peu mangé au final. Je sais aussi que je suis rentrée très tard.

Mauvais, mauvais plan.

Après une courte nuit de quatre heures, entrecoupée par les réveils de mon enrhumé de Léopold, il fallait déjà que je me lève. Ma fille a eu la bienveillance de mettre la table toute seule et de sortir les céréales. Ils se sont tous attablés comme des grands. De bons enfants.

"Je ne peux pas me lever." ai-je dit à mon homme en gémissant. "Peux pas."

"Les enfants, venez voir votre mère." a-t-il lancé, moqueur, en m'apportant un grand verre d'eau, un bol de céréales et des analgésiques. "Elle a pris un coup hier!"

Habile manoeuvre.

Il y a une loi non écrite entre parents: Si tu te sens tout croche parce que tu as abusé la veille, assume.

Alors j'ai assumé. Je me suis extirpée du lit. J'ai titubé jusqu'à la salle de bains. Une bonne douche chaude. Ça allait un peu mieux.

Pas grand chose à faire contre la gueule de bois. Bien s'hydrater. Grignoter toute la journée. Dormir. Alors c'est ce que j'ai fait.

En traînant une bouteille d'eau, j'ai exécuté mes tâches tant bien que mal: un peu de lavage, un peu de ménage. Quand mon homme est parti au hockey, j'ai couché le petit et j'ai planté les plus grands devant un film pendant que je m'éclipsais dans la chambre, au noir, sous la couette en remerciant le ciel d'avoir des enfants si sages. En ayant une pensée aussi pour tous ces enfants qui grandissent dans des familles ou les parents cuvent leur vin chaque jour.

La journée a été ni plus longue, ni plus courte que d'habitude. Interminable.

C'est la dernière fois que ça m'arrive. On ne m'y prendra plus. Les fêtes commencent, je sais, mais je serai sage.

Promesse d'ivrogne, comme dirait mon père.

mardi 23 novembre 2010

Cuisiner est un sport dangereux

Te blesses-tu souvent dans ta cuisine Annie?

Moi oui.

Mon amie Amélie aussi. L'autre jour, en voulant séparer deux vol-au-vents congelés, elle s'est rentrée un couteau dans la paume de la main. Le couteau est sorti de l'autre côté. Oui. Bord en bord.

Ça m'est déjà arrivé de me couper en séparant des vol-au-vents congelés. Moi, c'était le petit joint de peau entre l'auriculaire et l'annulaire. Je l'avais tranché d'au moins deux centimètres. Je m'étais bandé les doigts et, miraculeusement, le tout s'était ressoudé.

Mon amie Amélie, par contre, elle a eu cinq points de suture et un beau bandage blanc. Et puis, pas mal de jours à essayer de se démerder dans sa cuisine avec sa main handicapée. Son chum a d'ailleurs décrété qu'ils ne mangeraient plus jamais de vol-au-vents. Trop dangereux.

Ça me fait penser qu'une autre fois, lors d'un souper de filles, on s'était rendu compte que trois des quatre filles présentes avaient une brûlure sur l'avant-bras. Tu sais, juste là ou tu accroches la grille brûlante du four quand tu vas y chercher tes gâteaux?

Dangereux la cuisine, je te dis.

J'ai voulu faire une petite recherche sur le sujet. Voir si je trouvais des statistiques sur les dangers de la cuisine. Paraît que c'est l'endroit le plus dangereux dans une maison. Là ou se produisent le plus d'accidents domestiques. Là et dans l'établi bordélique de mon homme, j'imagine.

Mais finalement, chercher sur le sujet ne m'a pas amusée du tout. Ça m'a plutôt fait tomber dans une réflexion sur l'existence.

Ouais, je suis comme ça ces temps-ci.

Je veux dire, si en plus d'avoir peur de tout ce qu'il y a à l'extérieur de la maison, il faut se mettre à avoir peur de tout ce qu'il y a à l'intérieur, je ne sais plus trop ou on va pouvoir se réfugier.

Tu vois, au nombre des dangers de la cuisine, en plus des méchants couteaux affinés et des grilles brûlantes, il paraît qu'il y a aussi les bactéries qui se reproduisent sur nos comptoirs, les prises électriques accessibles aux petites mains farfouilleuses, les chaudrons qui font bouillir les nouilles, les fourchettes et les couteaux qu'on met sur la table, tant qu'à faire. Mon robot culinaire adoré aussi j'imagine que c'est une arme de destruction massive? Ah et puis les machins glissants comme les petits flaques d'eau ou de lait et les spaghettis lancés par le plus petit.

Beau-coup-de-dan-ger.

Bof.

Beaucoup trop stressant pour moi. J'aime mieux oublier tout ça et vivre dangereusement.

D'ailleurs, ce soir, je fais des vol-au-vents au saumon pour souper.

Oui. Oui.

Appelez-moi Indiana Jones.

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Une petite chanson de Zappa sur le sujet. Très drôle.




dimanche 10 octobre 2010

Les 33 - ajout

As-tu suivi cette histoire Madeleine?
Celle des 33 mineurs pris sous terre depuis le début du mois d'août?
C'est une histoire qui me fascine.

Au départ, elle m'angoissait quand même un peu. Surtout quand on a appris que, dans le meilleur des cas, ils sortiraient pour Noël. Tout ce temps passé confinés sous terre alors que j'étais au-dessus à vivre. Je prennais mon bain et je pensais à eux. Je me réveillais la nuit et je pensais à eux. Je faisais mon jogging et je pensais eux.

Eux, que faisaient-ils?

Je pensais à tout ce que j'avais fait depuis le début du mois d'août et tout ce que je ferais d'ici Noël pendant qu'eux seraient toujours 33 sous terre.

Ensuite, j'ai été curieuse. L'Homme sait être étonnant quand même. Les 33 qui se choisissent un leader. Leur moral qui tient bon. Les familles qui les soutiennent. Et la logistique d'une incroyable mission de secours qui s'organise.

Tu sais qu'au départ, ils ont passé 18 jours sans que l'on sache s'ils étaient vivants? Ils ont survécu grâce aux maigres rations qu'ils avaient. Ils pouvaient manger deux cuillerées de thon toutes les 48 heures et un biscuit par jour. Pour se rassasier, ils avaient un demi-verre de lait et de l'eau de ruissellement. C'est tout.

Dès qu'on a su qu'ils étaient vivants, l'opération ravitaillement a commencé. Le système a été surnommé la paloma, le pigeon voyageur. Trois conduits qui laissent passer un cylindre long de 1,60 m attaché à un câble relié à une poulie.

Le chargement des marchandises, la descente du tube et sa remontée se font en 30 minutes environ.

Au départ, ils ont reçu de l'eau et des boissons fortifiées au chocolat ou à la framboise. On voulait réhabituer progressivement leur système digestif à une alimentation normale. L'une des premières choses qu'ils ont demandées? Des brosses à dents.

On leur donne aussi des doses importantes de vitamine B et D.

Par la suite, ils ont eu droit à de meilleurs repas.
Par exemple, le 1er septembre, ils ont reçu du riz, des boulettes de viande, des fruits, du fromage et du pain. Les médecins de la NASA, qui participent au suivi des 33, affirment qu'ils devront se passer deux deux choses pendant toute la durée de leur épreuve: les cigarettes et l'alcool.

Aujourd'hui, je suis cette nouvelle avec fébrilité. Parce qu'il paraît qu'ils pourrait sortir dès mercredi finalement. Tu imagines la prouesse!

Tu imagines le choc des 33 aussi. Rentrés là comme de pauvres ouvriers anonymes, ils en ressortiront superstars internationales. J'imagine qu'on ne se remet pas facilement d'une épreuve comme celle-là. Qu'aussi heureux seront-ils de s'en être sortis vivants, peut-être bien que certains jours, ils repenseront avec nostalgie à la solidarité tissée 700 mètres sous terre.

C'est clair qu'en sortant, ils voudront une clope et boire un coup. En tirer un coup aussi, bien sûr, héhé. Mais ensuite, qu'est-ce qu'ils vont demander comme premier vrai repas?

Qu'est-ce que tu cuisinerais à ton chum Madeleine s'il avait passé deux mois et demi de survie sous terre?

J'ai pris mes infos ici et ici.


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Madeleine ajoute

Oui, j'ai souvent pensé à eux. Et je me sens assez fébrile depuis que je sais qu'ils remonteront sous peu. Étrange quand même. Je ne les connais pas. Mais ça fait un foutu de bon réalité show, il faut le dire.

Si mon homme avait été pris sous terre si longtemps, je crois qu'en remontant, il ne demanderait pas mieux que de manger un bon spaghetti avec ma sauce maison très viandeuse qu'il aime tant. Pas mieux pour réconforter son homme.

Ah, et puis, le connaissant, il me demanderait sans doute de lui servir en tablier. Avec rien en dessous, je veux dire.

mercredi 8 septembre 2010

Cauchemard

Tout s'écroule.
Hier, mon lave-vaisselle a rendu l'âme.

Il est de bon t0n de se moquer des années 1950 et de ce qu'on a appelé la "mystique féminine", titre du livre féministe culte de Betty Friedan. Pour faire une histoire courte elle reprochait à la société de ne présenter que la femme à la maison comme unique modèle valable de femme. Cette femme qui s'épanouissait à travers ses articles ménagers.


En même temps, ça m'énerve ce ton hautain que l'on prend parfois en parlant des ménagères des années 1950. La vie des femmes au début du 20e siècle n'avait vraiment rien de facile. Celle des hommes non plus d'ailleurs. À la ville comme à la campagne, les familles travaillaient dans des conditions proches de l'esclavage pour arriver à subsister.



Vient l'après-guerre et toute sortes de progrès. Comment reprocher à une femme (ma grand-mère par exemple, qui aura sa première lessiveuse après la naissance de son 5e enfant), sa joie de voir arriver la machine à laver? Le réfrigérateur? La cuisinière électrique? Le lave-vaisselle? Autant d'objets qui venaient réellement et profondément changer et faciliter sa vie.


Le premier lave-vaisselle a été inventé en 1850, quand même. C'était une machine en bois avec une manivelle que l'on tournait et qui envoyait de l'eau sur la vaisselle, sans vraiment la laver par contre...


En fait, tant pis pour Friedan, c'est une femme qui invente le premier lave-vaisselle fonctionnel!Josephine Cochrane. 1893. "Si personne ne l'invente, je vais le faire moi", dit-elle. Elle présente son invention lors de l'exposition universelle de 1893 en étant certaine de connaître un succès immédiat au près du public. Malheureusement, seuls les hotels et les grands restaurants achètent son idée.


Son lave-vaisselle aussi était mécanique et opéré à la main. Elle arrive finalement à trouver une compagnie qui accepte de produire l'appareil. Cette compagnie deviendra plus tard KitchenAid.


Alors oui, c'est sans honte aucune que je l'affirme: merci Josephine Cochrane pour ton lave-vaisselle. C'est aussi grâce à lui que je peux m'épanouir pendant qu'il lave la saloperie de vaisselle à ma place.

mardi 17 août 2010

Reprendre la routine

Tu es de retour, Annie?

Moi aussi, depuis dimanche. Et puis là, j’ai un peu les bleus. Difficile de retourner m’asseoir sur ma chaise de bureau après avoir connu la liberté des matins lents, des siestes paresseuses en milieu d’après-midi et du bonheur de vivre en plein air.

Tu étais chez nos voisins du Sud, dans un chalet sur le bord de la mer. Nous, on était en camping, dans le Parc de la Mauricie. Tes photos sont magnifiques. Moi, j'en ai très peu à montrer parce que notre appareil nous a lâchés. Je n’ai que celle-ci, tiens, qui donne une bonne idée de notre installation.

Ou encore celle-là qui montre une bavette improvisée et hautement efficace pour Popol.

Ou encore celle-là de mon Popol encore qui, quand il n'était pas imperméabilisé de la tête au pied, vaquait à ses occupations, nu et heureux.

Je voulais te présenter un petit film comme l’année dernière, mais voilà…

Mes vacances, comme les décrire… elles ont été à la fois charmantes, mouvementées, appétissantes, stressantes, amusantes, plates, reposantes, fatigantes, trop courtes et trop longues. Tu me reconnais, là, n’est-ce pas? Toujours pleine de contradictions?

Mais c’est comme ça, les vacances, non? On a besoin de repos, on rêve du paradis, et puis, inévitablement, les petits tracas du quotidien nous poursuivent. Comme notre voiture qui est tombée en panne. Ou les routes du Québec qui sont à peu près toutes en réparation. Et puis tout le reste aussi : des enfants à disputer, à laver (de temps en temps quand même, camping ou pas), à distraire, à nourrir.

Mais ça fait du bien de sortir du quotidien. Et puis maintenant, et bien, je retrouve malgré moi le plaisir de la routine.

Pour les nourrir, je te jure Annie, j’ai trouvé la solution miracle et puis j’ai réglé en une semaine notre problème de semi-végétarisme. Avant de partir en camping, j’ai demandé à tout un chacun de sélectionner un plat. Que de la viande, ils ont choisi. Du poulet par ci, des hamburgers par là. Si bien que, à notre retour, alors que j’offrais encore à mon homme de faire le carnivore, il m’a dit : « Tu sais, euh, la viande, je prendrais une petite pause. » Oui, oui, cet homme-là.

Alors régime de tofu jusqu’à la rentrée.

Et elle arrive cette rentrée, tu la sens? Les nuits fraîches, les beaux légumes au marché, tout cela annonce l’automne, le retour en classe, au boulot. Le retour des lunchs aussi.

Une autre année scolaire va bientôt commencer.

Ça passe vite, non?