J’ai pris connaissance de la lettre que vous avez glissée dans le cartable de mon aîné. Dans cette dernière, vous demandez à mon fils de s’engager à apporter une boîte à lunch sans déchet à l’école. Je suis également au courant que vous avez organisé des ateliers avec les enfants sur le même thème. Je sais aussi que cela fait partie d’un vaste projet qui vise à obtenir
le statut d’école verte Brundtland. Mais, pour une raison que je m’explique mal, cette lettre, je l’ai pris personnel, comme on dit par chez nous.
Vous n’êtes pas sans ignorer que ce n’est pas mon fils qui prépare ses lunchs, mais bien sa mère. Ainsi, en demandant à mon fils d’apporter un lunch sans déchet, c’est indirectement à moi que vous vous adressez. Pour le dire autrement, vous utilisez mon fils pour m’atteindre.
La stratégie n’est pas nouvelle. On peut penser à un grand nombre d’organisations plus ou moins recommandables qui ont fait usage de cette même méthode. Mais est-ce parce que la cause est noble qu’il faille fermer les yeux devant les moyens employés pour la faire avancer?
Ah! Vous trouvez que j’exagère? Je comprends. Je sais que votre objectif est respectable. En fait, ce n’est pas tellement vous qui m’irritez. Disons que c’est une accumulation. Mon exaspération grandie depuis des mois, voire des années. Bien sûr, je n’ai rien contre le fait qu’on parle d’écologie avec les enfants, on ne peut pas être contre la vertu, j’en ai contre la façon dont on s’y prend. Non seulement suis-je agacée qu’on cherche à m’éduquer à travers mes enfants, mais j’en ai contre le ton général utilisé pour conscientiser: un ton alarmiste, moralisateur, culpabilisant, qui cherche à effrayer plutôt qu’à informer. Un discours dans lequel les enjeux sont trop simplifiés.
L’année dernière, par exemple, au spectacle de fin d’année, j’ai soupiré en entendant tous les enfants chanter
L'hymne à la beauté du monde sur un ton larmoyant et à un auditoire rempli à craquer de parents bienveillants. Je n’en peux plus de ces affiches qui garnissent les murs de votre établissement créées par des enfants m’intimant de ne pas laisser ma voiture rouler inutilement ou de ne pas jeter mes déchets sur le trottoir. Cela m’exaspère lorsque j’entends ma fille répéter des propos sans nuances qui ne viennent clairement pas d’elle. J’en ai marre qu’on utilise la naïveté des enfants pour toucher.
Il serait pourtant possible, cher comité, de faire autrement. D’aborder le problème avec rationalité et nuances en se basant sur les faits. D’utiliser l’humour aussi, pourquoi pas. D’initier un dialogue plutôt que de dicter une conduite. De réfléchir plutôt que de faire peur. Les gestes qui viennent du plus profond de la conscience, qui sont l’aboutissement d’une réflexion, durent.
Mais bon, il faut croire qu’il est difficile de se dégager du discours ambiant puisque vous n’êtes pas les seuls à le tenir.
Sachez que j’ai expliqué à mon fils qu’il n’était pas possible pour moi de m’engager à produire une boîte à lunch absolument sans déchets. Bien sûr, lui ai-je dit, je vais continuer à fabriquer mon yogourt et à le mettre dans des contenants réutilisables. Je vais continuer à remplir la boîte à lunch de fruits frais et de muffins made from scratch, comme disent les américains. Mais les sandwichs faits avec du pain maison, je continuerai, oui, à les envelopper dans une pellicule de plastique non recyclable.
Le pire, cher comité du projet « Une boîte à lunch sans déchet », j’avais justement l’intention d’acheter des contenants réutilisables pour les y mettre. Mais là, ça me le dit plus.
Je suis comme ça, moi. Quand on me fait la morale, je refuse de coopérer. C’est mon petit côté enfantin.
Cordialement,
La Mama de Victor