mardi 29 septembre 2009

À la recherche du dimanche (ajout)

À brûle pour point, j’ai dit à mon chum : « Je veux qu’on brunche le dimanche. » Quand je lui fais ce genre d’annonce solennelle, complètement hors contexte et sans autres explications, il se contente de me répondre : « Euh. Ok. » puis attend que je lui en dise plus long.

« Je veux qu’on brunche chaque dimanche, parce que chez moi, on brunchait le dimanche, après la messe ou chez ma grand-mère, mais on brunchait toujours le dimanche. Je n’ai pas besoin qu’on invite des gens, on peut rester entre nous, mais je veux qu’on brunche. Pas juste un petit dîner avec des restants de la veille. Un vrai repas, avec des œufs et du pain, et des muffins, et des fruits. Et du bacon. Je veux qu’on brunche, tous les dimanche. »

J’avais presqu’envie de pleurer en lui disant ça. C’est que j’ai trouvé, enfin, une réponse à ce petit vide que je ressens depuis quelque temps.

Je me questionne beaucoup ces jours-ci sur les rituels, sur les coutumes, sur la tradition. J’ai l’impression qu’il n’y a pas de véhicule pour les valeurs que je cherche à transmettre à mes enfants. Pas même certaine que je pourrais nommer ces valeurs comme ça, spontanément, si on me questionnait. Et cela faire naître en moi un sentiment d’angoisse.

En réponse à cette angoisse, j’ai longtemps dit à mon homme que je voulais qu’on emmène les enfants à la messe du dimanche. J’y allais, enfant. Même que je chantais dans la chorale. Ce sont de très bons souvenirs : ceux d’une vie communautaire significative, ceux de réflexions volées ici et là au gré des discours du curé, ceux d’ennui aussi, de musique et de fous rires avec mes sœurs. Cela n’avait rien de l’austérité contre laquelle toute une génération s’est soulevée.

On pourrait croire que ce désir d’emmener mes enfants à l’église le dimanche n’est ni plus ni moins que de la notalgie, mais ce n’est pas ça. C’est bien plus profond. J’ai besoin de marquer le temps avec des rituels qui ont du sens, qui sont ancrés dans quelque chose de réel. Besoin de m’enraciner et d’aider mes enfants à s’enraciner.

(Je deviens plus conservatrice avec l’âge. Et c’est tant mieux. Mes enfants pourront donc avoir quelque chose contre lequel se soulever. Pour redevenir à leur tour plus conservateurs avec l’âge, pour le grand bien de leurs enfants.)

Recommencer à aller à la messe du dimanche, pour moi qui n’y suis pas allée depuis des années, et alors que personne autour de moi n’y va, et alors que mon conjoint y est plutôt réticent, c’est toute une marche à monter. D’autant plus que je ne suis plus vraiment croyante. Aller à la messe du dimanche, ce n’est plus un acte social, communautaire, rassembleur, mais rien n’est venu la remplacer. Je n’ai d’autres choix que de plonger en moi et de chercher quelque chose qui fait sens pour répondre à ce besoin réel que j’ai.

C’est ainsi que j’en suis venue au brunch du dimanche, ce repas qui suivait la messe. Des œufs, du pain plein de beurre et du bacon. Le repas préparé avec cérémonie par mon père. C’était la fête.

C’est un peu plus accessible.

Tous les dimanches, donc, après le hockey des garçons, nous bruncherons. Je ne cherche pas à prétendre que cela règle tout, mais c’est un point de départ. Un peu mince, d’accord, mais un départ tout de même, qui débouchera peut-être sur autre chose.

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Dans mes recherches sur le net pour trouver des idées de brunchs, je suis tombée sur cette page. C’est une page anglophone apparemment traduite par informatique. Je ne sais pas si c’est à cause de mon métier de traductrice, mais je trouve cela hilarant.


Annie répond:

Tout a commencé avec mon chum.

Depuis 7 ans maintenant, je travaille le dimanche matin. Bien, c'est-à-dire, quand je ne suis pas en congé de maternité. Je ne passe donc pas les petits matins dominicaux avec les miens.

Je ne pourrais pas dire quand exactement, mais au fil du temps, mon chum avait pris l'habitude de me préparer un bon café au lait (noir pour lui) pour quand je rentrais à la maison, vers 10h20. On le sirotait ensemble, en lisant journaux et magazines. Parfois, je me faisais aussi une toast. Ou deux. D'autres fois, mon chum faisait griller son pain à côté du mien.

Je ne pourrais pas dire quand exactement, mais un jour, voyant du bacon dans le frigo, mon chum m'a téléphoné au travail pour me demander:
- Veux-tu que je te fasse un bon déjeuner?
Alors, au fil du temps, ne prenant plus la peine de me téléphoner, à mon café au lait et mes une ou deux toasts se sont ajoutés oeufs et bacon. Et au fil du temps, sans savoir exactement de quelle façon, nos petits oiseaux sont venus piailler autour de la table réclamant leur part du butin. Aujourd'hui ce ne sont plus trois oeufs que mon amoureux craque les dimanches avant-midi (un pour moi, deux pour lui) mais bien six.

Alors chez nous, je ne sais plus trop depuis quand, le dimanche, on brunche.

Rituel à ce point installé qui si d'aventure on dine à l'extérieur ce jour là, on se le fait rappeler par trois grands becs:
- Mais papa! Le brunch!
Doux revirement de situation, eux qui, au début de nos "bons déjeuners" du dimanche, ne comprenaient pas pourquoi, le souper venu, ils n'avaient pas dîné!

Quand j'ai lu tes mots, je me suis dit qu'il n'y avait pas de hasard. Je voulais justement faire une entrée sur nos "bons déjeuners" du dimanche. Raconter comment je quitte cette maison pleine du sommeil des miens à 5h30 en buvant un lait de soya. Te décrire la petite tranche de pain que je me fais griller au travail, mangée au coin d'une table de studio et potinant avec les collègues. Te dire que parfois, en remontant à la maison, j'arrête à la boulangerie faire le plein de croissants, de chocolatines, de fromage et d'abricotines en imaginant les frimousses des garçons. Manquer de mot pour te faire comprendre ce que me fait l'odeur des oeufs et du café qui m'enlacent dès que j'entrouvre la porte de ma maison. T'expliquer l'amour que je ressens en voyant cet homme là, encore en robe de chambre, faire chauffer mon lait pour mon café. Te raconter le bonheur des enfants qui perçoivent le bonheur des parents de voir le matin s'étirer à notre table.

Juste te dire, au fond, que ce n'est rien, mais que c'est important. Sacré.

À cette époque où il est devenu presque un lieu commun de dire qu'elle manque de repères, le rituel décidé et établi prend tout son sens. En même temps, les repères sont peut-être simplement moins voyants qu'Avant et ces rituels qui se forment sans même en être d'abord conscient, au gré du temps, à partir des circonstances de nos vies, nous aident tout autant à vivre.

Des rituels de mon enfance ne sont plus, d'autres sont restés. Au fond, ma grand-mère flamande, arrivée ici ne parlant pas français, a bien du elle aussi à un moment, être en quête de sens dans cette société étrangère et tissée serrée des années 20.


La famille comme institution a certainement de cette conception inuit du temps. Elle est faite de cercles qui se croisent et s'entrelacent dans le temps et dans l'espace. Mais la famille comme entité est aussi la somme des individus qui la compose, formée par les expériences qui la traversent, toujours ouverte à être modelée par le sens que nous voulons bien lui donner.

11 commentaires:

Germaine inc. a dit…

Est-ce qu'on peut bruncher avec vous ? On pourrait avoir un temps incroyablement fun et se sentir comme un million de dollars !

Las Vegas strip = Bande de Gaza = ha ha ha !!!
J'ai comme l'impression que ça fait longtemps que ce dictionnaire n'a pas visité la bande de Gaza.

Madeleine a dit…

Oui, Germaine, créons un événement aussi amusant que le peloton vous servir à!

Chantaloup a dit…

J'ai l'impression de lire mes propres pensées! Moi aussi, je songe parfois aller à la messe le dimanche matin avec les enfants. Il y a un non-sens là-dedans, car je n'ai pas la Foi proprement dite, mais étrangement, c'est un non-sens qui témoigne de ma quête de... sens!

Le brunch, c'est une excellente idée! Mon mari prépare les dimanches ce qu'il appelle "un gros déjeuner". Oeufs, bacon/saucisse, patates sautées!

Marie a dit…

Pour les idées, deux blogues chouettes, un de brunchs et un de déjeuners de tous genres : http://thebreakfastblog.blogspot.com et http://simplybreakfast.blogspot.com.

Madeleine a dit…

Chantaloup: Non sens, oui et non. Pourquoi faudrait-il avoir une foi indéfectible? Ailleurs, dans d'autres pays, on fréquente l'église sans nécessairement avec une foi profonde. Plus simplement parce que cela est un acte social. Au fond, on ne s'offusque pas qu'un couple choisisse de se marier à l'église ou qu'une personne choisisse de se faire enterrer suite à une cérémonie religieuse, même si ces personnes ne sont pas profondément croyantes. La messe du dimanche, ça pourrait aussi être ça. Une façon de "cérémonier" le quotidien. Un temps d'arrêt. Pas obligé pour autant de suivre tous les préceptes de la Bible!

Moi aussi je suis en quête de sens. Et je cherche sur quoi m'appuyer, quelque chose d'autre que ma petite personne...

Merci Marie, je vais regarder ça! Et je vous donne des nouvelles de mon brunch ce dimanche!

Madeleine a dit…

Annie: Donc le sens est essentiellement en soi et pour soi (puis élargi à la petite famille). C'est justement avec cela que je ne suis plus à l'aise. C'est là que je ressens du vide. Puisqu'il suffit d'un événement (banal ou important) pour que tout foute le camp... puis il faut recommencer. Et pendant ce temps, le temps passe.

Pas trouvé de réponse encore, cela dit, mais des questions qui permettent de mieux comprendre le malaise.

Annie a dit…

... mais, je crois oui! Le sens comme la liberté de l'Être humain (et de chacun des êtres humains) de donner un cours aux événements.

Le sens nécessairement comme résonnance de l'Universel au moi, autrement ça ne fait aucun... sens, non?

Mon brunch du dimanche n'est au fond rien d'autre que ce grand cercle d'êtres humains, petits et grands, qui se sont aimés, s'aiment et s'aimeront en se réunissant pour partager les fruits de la terre et du savoir-faire de l'Homme.

Rien d'autre... ou tout ça?

Ginger a dit…

Ici, on est des adepte de la raclette pour le brunch depuis que je suis tombée sur ce-ci :)

http://www.banlieusardises.com/raclette-a-lheure-du-brunch

La Mère Michèle a dit…

Euhh c'est que le frisson me court le long de l'échine là ...
J'ai l'impression que tu es ma blogueuse-soeur... j'aurais pu écrire chaque mot:

"Je me questionne beaucoup ces jours-ci sur les rituels, sur les coutumes, sur la tradition. J’ai l’impression qu’il n’y a pas de véhicule pour les valeurs que je cherche à transmettre à mes enfants. Pas même certaine que je pourrais nommer ces valeurs comme ça, spontanément, si on me questionnait. Et cela faire naître en moi un sentiment d’angoisse."

C'est TELLEMENT ÇA!
Et autour de moi, plus personne n'a à coeur les traditions...

Le .." on fait toujours ça "

La Mère Michèle a dit…

Je rajoute: ce n'est nullement un sentiment religieux pour ma part.

La maman d'Heloise a dit…

Je suis d’accord avec toi pour dire qu’il n’est pas nécessaire d’être profondément croyant pour faire un choix chrétien. Moi, mes enfants sont baptisés. Lorsque nous avons pris la décision de le faire, c’était entre autres pour que les préceptes moraux que nous comptions leur enseigner trouvent un cadre plus large que la seule volonté des parents. « Il ne faut pas mentir », ce n’est pas parce que Maman le demande, c’est parce que c’est Vrai. Les valeurs ne se valent pas toutes, leur choix ne devrait pas être laissé à la discrétion de chacun, ni à la discrétion des parents. Le christianisme, nous le voyons comme un moyen de faire comprendre à nos enfants qu’il existe un étalon à l’extérieur des êtres humains, une Nature immuable, avec ses propres lois, et donc que tout n’est pas relatif, que tout n’est pas du simple recours de la volonté humaine et des contrats établis entre les humains.
Cette petite théorie d’un «pseudo-chistianisme ayant pour but de lutter contre le relativisme et la perte de sens à la vie» était simple. Mais la question demeurait: comment faire en sorte que ces idées de Nature, d’Étalon se répercutent concrètement dans la pratique, ie dans leur éducation? Ils ont beau être baptisés, ça ne change rien au fond.
D’où l’idée (2006) d’aller à la messe avec un couple d’amis, et de bruncher ensembles par la suite. L’objectif était de donner corps à cette religion dont ils faisaient partie sans le savoir; de leur faire comprendre que si Dieu existe, cela veut dire que l’univers dans lequel nous vivons est ordonné et régi par des lois qu’il s’agit de comprendre et de respecter.
On a fait notre rituel messe/brunch à peu près 10 fois… puis c’est mort. L’expérience de la messe était pénible, surtout à cause des enfants qui n’avaient pas l’habitude de se tenir aussi tranquilles pendant autant de temps. Ils n’avaient aucun plaisir à écouter le prêtre, ils n’y comprenaient rien. Alors il fallait tacher de les tenir occupés avec des livres. Aussi bien dire qu’ils ne retenaient absolument rien de ce qui se passait sur l’autel. Et ils n’avaient pas non plus l’expérience d’une «vie communautaire significative» comme tu l’appelles, parce qu’il n’y avait que des Vieux et Vieilles à l’église et que l’atmosphère générale ressemblait davantage à un enterrement qu’à une fête. (Même que les Vieux et les Vieilles nous regardaient croches à cause des enfants qui s’agitaient et des bébés qui pleuraient.)
Ce qui est difficile dans l’instauration de nouveaux rituels familiaux (surtout les rituels ennuyeux), c’est que les enfants se rendent compte qu’avant, «on ne faisait pas ça, alors pourquoi on le ferait maintenant»? On dirait que, pour un tas de choses comme la messe, la prière avant le dodo, il est juste trop tard. Il aurait fallu que ces pratiques précèdent leur naissance et qu’ils y participent dès le berceau. Comme ça, ils auraient eu une impression que «c’est comme ça, parce que ç’a toujours été comme ça.» Comme ça, les parents n’auraient pas eu à répondre à l’épineuse question « pourquoi maintenant on va à la messe Maman?» À l’adolescence, certes, ils auraient posé la question et auraient fini par se rebeller contre cette pratique. Mais là, d’instaurer arbitrairement dans leur vie une visite hebdomadaire à la messe, ça ne marchait pas, ça ne se justifiait pas. («C’est que Maman veut qu’il y ait un véhicule porteur des valeurs que je vous transmets!»)
Bref, tout ça pour dire que je te comprends et que j’ai moi aussi un certain malaise à laisser mes enfants grandir dans un monde comme le nôtre, sans aucune tradition qui donnerait d’emblée sens à la vie. Peut-être que de grandir ainsi sans aucun tuteur-religieux fera de nos enfants des êtres plus forts?... ou des êtres qui auront poussé tout croche?!?!