mercredi 31 août 2011

Ça revole.

Mon petit Chichou, 5 ans, que d'aucuns appelleraient mon préféré, est un tourbillon. Ceux qui le connaissent savent qu'il habite son corps comme nul autre. Toujours en train de sautiller, de courir, de grimper, de gigoter. On a l'impression en le regardant que c'est un genre de verbomoteur du geste. Un gestomoteur, tiens.

Quand il entre à la maison, Achille, sans arrêter une fraction de seconde son mouvement, il balance sa casquette d'un côté, lance ses souliers de l'autre, laisse tomber son manteau en sautillant jusqu'au salon où il grimpe sur le divan.

Quand il sort de la voiture, au lieu d'avancer par le chemin le plus court comme tout le monde, il grimpe sur le dossier du siège de son frère, se faufile entre le toit et l'appuie-tête, pose ses pieds sur les appuie-bras avant de sauter sur le trottoir. Une course à obstacle.

Quand on marche main dans la main, j'ai l'impression que nos deux bras liés sont comme une laisse au bout de laquelle il y a un petit chien fou. Il sautille, fouine partout, tire mon bras pour ramasser quelque chose sur le sol, tombe en bas du trottoir. L'effet est décuplé si dans l'autre main j'ai celle de son petit frère qui marche sagement à mes côtés en papotant sans arrêt.

Il bouge même quand il dort, Achille. Le matin, son lit, pourtant bien fait la veille, n'a plus la moindre couverture. Les draps pendent partout, son oreiller est à terre, sa doudou sous le lit. Contraste frappant avec le lit de sa soeur qu'on se demande presque si elle a vraiment dormi dedans.

Achille, c'est un oiseau mouche, c'est le Vif d'or dans un match de Quidditch, c'est PK Subban chez le Canadien mais en plus petit et en plus pâle.

"Achille, il a un spring dans le derrière." dit mon homme.

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Quand on était en Gaspésie, j'avais décidé qu'on allait sortirau moins un soir dans un bon resto. J'avais ordonné à tous d'apporter une tenue plus chic. Ils ont obtempéré pour me faire plaisir. Des chemises pour les hommes. Des robes pour les filles. J'avais mis dans ma valise une belle veste blanche, au fin fond de mon sac pour la garder à l'abri de la vie de camping. Fait frais, en Gaspésie, je me disais. Ç'allait être parfait agencé à ma jolie robe aux motifs bleus et mes talons cognac.

On s'est arrêté dans un endroit avec une vue magnifique.


Mais mes enfants étaient encore plus beaux à voir.





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En attendant de se faire servir le repas, les enfants se sont enfuis pour jouer dans un coin. Quand Achille est venu en éclaireur demander si on allait bientôt manger, la bouffe était justement en train de se faire déposer sur la table par d'autres mains que les miennes.

"Va avertir tes frères et ta soeur que c'est l'heure de manger!" ai-je dit.

Vif comme l'éclair, se faufilant entre deux tables, Achille est parti vers le reste de la gang en criant "On mange!"

Aussi vif, il est revenu, se faufilant à nouveau entre ma chaise et le serveur de la table d'à côté qui versait du vin à nos convives voisins. Je dis c'est là qu'il est passé, mais à vrai dire, je n'en sais rien, à vrai dire, je ne l'ai jamais vu passer.

Le Vif d'or, je vous dis.

On a entendu "Splash!" et puis "Clingqueling!" et puis "Oh!" et puis on a vu du vin partout.

"Achille!" me suis-je écrié, honteuse.

"C'est pas grave, madame, de lancer le gentil serveur et les voisins. Y'a pas de mal. C'est juste pour vous, votre veste blanche, elle est couverte de vin."

"Avec Achille, tout r'vole." a lancé mon homme, impassible.

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En rentrant au camping, fallait que je fasse tremper ma veste. J'ai vidé la glacière et l'ai remplie d'eau glacée. J'ai versé un peu de savon à linge et y ai trempé ma veste plus complètement blanche pendant toute la nuit, en croisant les doigts.

Et le lendemain matin, je l'ai sortie de là et je me suis dit: "Mon irremplaçable Achille. Je ne le changerais pour rien au monde. Mais quand même. Heureusement que l'eau de javel existe."

4 commentaires:

Anonyme a dit…

Une histoire bien simple comme il y en a dix mille autres au sujet de ce que c'est que d'avoir une famille.

Marie-Josée a dit…

Merci Madeleine. Moi aussi j'en ai un petit Vif d'or, il a 7 ans, il est absolument attachant, mais parfois il nous fait perdre patience à tous. Merci, tu m'as réconcilier avec cette petite tornade.
Marie -Josée

Madeleine a dit…

Nous aussi on perd souvent patience, Marie-Josée. On dit tellement souvent: ACHILLE! que les voisins savent très bien c'est qui le plus turbulent... Mais il est si attachant. Quand il est heureux, son enthousiasme est contagieux. Il rit comme personne d'autre, s'éclate avec des riens. Une explosion de joie... quand ce n'est pas une explosion de colère, mais bon, c'est comme ça!

Annie a dit…

Nous, c'est Blanche. Depuis toujours. Pas pour rien que son 2e prénom est celui d'un vent...

Et tsé, même si elle me fait sacrer plus souvent qu'à mon tour, je souhaite qu'elle reste vive comme ça toute sa vie. Même quand elle va avoir une robe à fleurs et des talons cognacs.